Littérature : La Ligne de fuite de Robert Stone (1978)

C’est par curiosité que j’ai entrepris de lire ce livre, auréolé d’un bandeau « le roman de l’après vietnam ». Sorti en 1978 sous le nom de « Dog Soldiers », il a connu plusieurs vies en France, dont cette dernière traduction en 2016.

L’histoire commence au Vietnam, où la présence américaine va bientôt prendre fin. Un journaliste, Converse, se voit proposer d’arrondir ses fins de mois en expédiant de l’héroïne aux Etats-unis. Il fait appel à un marine, Hicks, pour faire le convoir jusqu’à Los Angeles. Mais l’affaire tourne mal. Converse, sa femme Marge et Hicks se voient pris dans une course-poursuite avec traficants et stups.

Le roman est donc une sorte de road movie littéraire dans une période qui mèle la défaite militaire au vietnam, la culture hippie et les expériences liées à la drogue. Au Vietnam, les militaires et ceux qui gravitent autour ont pris l’habitude d’user de ces substances, de l’opium aux différents cachets. Ils oublient les horreurs (massacres de villages, mais aussi des éléphants dans la jungle à coup de missiles….) et l’angoisse du retour. Au retour, ils apportent aussi ces habitudes et le marché de la drogue est florissant aussi à L.A..Robert Stone est journaliste et ça se ressent dans son souci de décrire cette ambiance glauque et poisseuse. Le style m’a fait parfois pensé à James Ellroy dans son coté à la fois descriptif et lyrique. C’est aussi la raison de cette dernière traduction, de vouloir rendre cette ambiance si particulière.

Les héros sont tous des paumés dans cette période de désenchantement. Ils savent qu’ils ne seront plus militaires, que la guerre ne leur a pas apporté ce qu’ils voulaient. Ils ne voient pas d’avenir autre qu’une condition médiocre. Marge vivote comme ouvreuse dans un cinéma porno, bien loin du glamour d’Hollywood. On y croise une galerie de personnages, comme ce vigile samoan qui voudrait être fier de ces origines mais ne peut cacher ses blessures. La drogue et les illusions qui vont avec sont constamment présentes.

On pense alors à la Beat Generation et le parallèle vient naturellement avec « Sur la route » de Kerouac, que j’ai toujours eu du mal à apprécier. Cela doit tenir en partie à son mode d’écriture, donc de traduction. Ici, l’ensemble est plus digeste. Pas plus que pour le roman de Kerouac, je n’arrive à m’identifier à un personnage. J’ai pourtant l’impression que Robert Stone met de lui même dans Converse, mais aussi un peu dans Hicks. Je me dis au fil du récit que tout cela va mal finir, qu’il faut chercher une échappatoire. C’est en cela qu’on trouve du suspense, jusque dans ces planques qui paraissent des culs de sac, géographiquement et spirituellement. Est-ce que la promesse est tenue, alors ? C’est effectivement un roman plutôt symbolique de l’époque, qui me semble bien retranscrire l’état d’esprit de ceux qui l’ont vécu. On a pu le ressentir par ailleurs dans les films de la fin des années 70. Reste que le sujet n’est pas forcément engageant pour tout le monde. J’ai pensé aussi au Dorian de Will Self, symbolique d’une autre période pas plus reluisante mais qui m’étais aussi plus proche. A chacun de voir, donc…