Internet et médias : de la Standardisation à la Compromission

Suite à un commentaire de ma part sur un article du webzine auquel je participais il y a un peu plus d’un an, j’ai reçu un mail de mon ancien rédac-chef et qui a motivé le présent article.

Au départ, il s’agit d’un article dont le titre laisse à penser qu’il sera consacré à Alan Rickman, le grand acteur anglais décédé cette semaine. Le premier paragraphe porte à croire qu’il va parler, enfin, d’autre chose que de son rôle dans Harry Potter. Mais au fil de l’article, on s’apperçoit surtout qu’il s’agit du recyclage d’une analyse, certe pertinente, du personnage de Rogue (joué par Rickman donc) dans la série littéraire et cinématographique, et dont je trouve le nom anglais, Snape, plus pertinent. Bref, l’article n’a rien à voir avec l’accroche et je l’ai plutôt mal pris pour plusieurs raisons. C’est un très mauvais hommage, déjà. Ensuite, on ne respecte pas le lecteur en lui promettant quelque chose et en lui fournissant autre chose. Mais c’est surtout, pour moi, un exemple de la dérive des pratiques de SEO dans les sites Web.

Car, si ce site n’est pas à l’équilibre économiquement parlant, il reste relativement bien classé en France dans son domaine par une politique de SEO (Search Engine Optimization ou Optimisation pour Moteur de Recherche) bien menée. En effet, toute les règles pour améliorer le classement, les partenariats avec Google, ont été suivis. Un exemple est par exemple dans les balises utilisées dans les paragraphes, l’utilisation de titres intermédiaires, et autre optimisation de mots clés. Ici, je n’utilise aucune de ces balises H2, H3, H4, etc… Mais là encore, ce n’est pas grand chose, puisque ce n’est encore que de la forme. Mais de la forme, on passe vite au fond en ayant une manière de bâtir les articles mettant en avant des termes en début, ces termes étant ceux que le lecteur verra le plus, donc les plus intéressant pour une recherche, inconsciemment ou pas. Car qui va au bout d’un article, de nos jours. Cela aboutit déjà à une première standardisation formelle des sites à laquelle on ajoutera aujourd’hui l’obligation d’être « mobile friendly ». Car si il y a 4 ans j’observais des 1 à 2% de traffic mobile sur les statistiques, il y a quelques mois, je constatais près de 30 à 40% sur certains sites que je gère. J’ai cessé de regarder cela aujourd’hui.

Vient alors le débat : Doit-on fournir ce que le lecteur veut ou ce que l’on veut au lecteur ? Quelqu’un de neutre penchera pour la deuxième solution mais quelqu’un qui veut vendre un produit choisira la première. Il est aisé aujourd’hui de savoir à un instant T ce que recherchent les internautes dans les moteurs de recherche et ainsi de leur fournir ce qu’ils souhaitent. Ainsi, retrouvait-on de manière automatique Harry Potter et Alan Rickman dans le top des recherches. Peu de chance par contre de trouver des allusions à son interprétation de Raspoutine, ou encore de son film « les jardins du roi » sorti en 2014, de ses rôles dans Raisons et Sentiments, Dogma, Galaxy Quest, ou bien encore l’oublié Truly Madly Deeply. Pas de chance, la culture grand public écrase tout et pour un webzine qui voulait ouvrir un éventail plus large, ça me reste en travers de la gorge de céder à une telle pratique. Car cette pratique consistant à mettre en « tête de gondole » les termes les plus recherchés du moment devient un fondamental de la presse sur le web. C’est un cercle vicieux et c’est à celui qui trouvera le plus d’astuce SEO, sans chercher plus loin un contenu un brin original ou décalé.

Une autre dérive de ces pratiques est la profusion d’articles avec des Tops 5 ou 10 de tout ce que l’on peut classer. Ainsi j’ai pu lire un « Le top 5 des films d’Alan Rickman qui n’a pas tourné qu’Harry Potter ». Il s’agit alors de mettre une succession de petites pages avec un élément par page que l’internaute devra faire défiler, ce qui évidemment crée des clics, du trafic, donc … des revenus. Par respect pour toi, cher lecteur, je ne te citerai pas tous les sites qui en ont fait leur fond de commerce. On pourrait en faire un Top, tiens. Autant dire que cela consiste souvent en une photo/vidéo suivie de 2 ou trois phrases. Mais la subdivision d’un article en de multiples pages souvent exagérément longues, est une autre dérive de tout cela. Combien de sites orientés tests et techniques abusent de cela pour un contenu pas forcément à la hauteur. La seule chose à laquelle j’ai cédée est de ne pas faire d’articles trop long car je sais que l’attention d’un lecteur devient plus limitée.

Si on ajoute à cela les publi-informations de mieux en mieux déguisées (je me souviens d’un refus d’un article un peu trop critique sur une entreprise d’un « ami » du redac-chef, il y a bien longtemps…), les scripts de pubs de plus en plus vicieux et sous traités à des boites sans scrupules, on passe petit à petit de la standardisation à la compromission pour un modèle économique moribond. Mieux vaut, d’ors et déjà miser sur une dualité payant/gratuit (le gratuit servant à montrer ce qu’il y a ensuite…). Car si je me souviens bien des débuts du net, il n’y avait pas autant de médias à l’époque et on s’en contentait bien. En plus, en utilisant des flux RSS, je filtre beaucoup des sources de revenus de ces médias, et j’ajoute un µBlock Origin et un Privacy Badger qui provoque l’ire des webmestres. Bref, j’arrête de tirer sur l’ambulance sur un débat qu’on a déjà eu ailleurs entre blogueurs, lecteurs et webmestres.

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