Blog : Quand tu en oublies le reste du monde

Chassez le naturel… J’avais supprimé quasiment tous les sites d’information de mes flux RSS, parce que j’en avais un peu marre, parce que ça me prenait du temps, parce qu’il fallait faire du tri entre les bons, les mauvais articles. Mais je me suis aperçu que je ne savais plus vraiment ce qu’il se passait ailleurs qu’autour du moi. (et l’ami cascador se posait aussi la question…)

Déjà, j’avais craqué en reprenant un abonnement au Monde Diplomatique, même si c’est en numérique cette fois. Je ne suis pas forcément content de l’orientation trop française prise par le périodique mais il y a quand même encore suffisamment de fond sur le reste du monde pour que je sois intéressé…mais finalement je n’ai pas poursuivi l’expérience. Le périodique est devenu trop orienté par rapport à ce que je cherche. Par contre, je lis assez peu les autres titres généralistes de la presse française, même pour des dépêches. Le Canard Enchainé, parfois mais il n’y a pas de flux RSS ou d’abonnement numérique. J’ai laissé tomber le Courrier International il y a quelques années, pour la nouvelle orientation prise après le départ d’Alexandre Adler (qui est pourtant à l’opposé de mes opinions). Les magazines c’est autre chose, comme la Revue Dessinée et ses excellents reportages. Ils donnent justement à voir ce que l’on ne traite pas ailleurs. La presse se recopie trop dans chaque pays alors autant chercher la différence.

Le meilleur des mondes serait-il dans le trimestriel ?

Mais il faut aussi d’autres sources alors j’ai fait un peu de ménage, de recherches pour retrouver des fluxs internationaux. Le meilleur moyen de savoir ce qu’il se passe dans un pays, c’est soit d’y être, soit de lire des informations de la part de ceux qui y sont. Donc me voilà à trouver des flux en anglais en provenance de Chine, Hong-Kong, Japon, USA, etc, etc… Mais il me reste encore à trouver des sources européennes que je puisse comprendre, des sources océaniennes, et sud-américaines. Le problème est de trouver quelque chose de suffisamment neutre, généraliste, et en anglais ou français, mon allemand n’étant pas suffisamment bon pour comprendre un Die Zeit ou un Frankfurter Algemeine. Pour l’instant, mes flux penchent beaucoup à l’est….très loin à l’est.

Avec tout ça, je retrouve peu à peu l’impression d’être informé, de comprendre un peu les réactions, mais malheureusement, je me sens très seul dans ce cas. Dans un monde globalisé, nous sommes curieusement nombrilistes, ne sachant pas trop le pourquoi du comment des actualités chaudes à travers le monde. Ainsi, parlera-t-on de la stratégie chinoise pour reprendre Taiwan sans user de la force ? Certainement pas. Parlera-t-on de la situation au Liban, en Jordanie, s’il n’y a pas un petit attentat ou une attaque quelconque (ce qui heureusement devient rare dans ces deux pays) ? Evidemment non, il faut du sang, des larmes, ou parfois des joies. A part pour quelques dirigeants clivants et internationalement connus, on ne parle pas vraiment de ce qu’il se passe au Brésil, en Turquie, en Russie, aux Philippines, à Cuba, en Iran, dans la vie de tous les jours. Et comme dans certains de ces pays, il est difficile d’avoir une presse libre, et que de l’autre bord on a aussi de la propagande, ça devient parfois difficile de faire le tri. Alors je teste, je « m’abonne », me désabonne aux flux, en cherchant des sources un peu au hasard. Il y a des flux qui seraient intéressants s’ils n’étaient pollués par des informations people, du marketing déguisé et de la recopie de dépêche. J’ai de la chance, c’est toujours un flux…

La tendance n’est pas nouvelle : Les flux RSS deviennent rares, ou sinon il n’y en a plus qu’un, au lieu de thèmes distincts. Pas question d’aller piocher dans du Facebook (c’est mort de toute façon), ou du Twitter, tant c’est pollué de réactions primaires. Il faut vraiment lutter pour être informé, il faut retrouver aussi le temps long, sinon le temps. Car il y a aussi l’actualité du Numérique, ses modes, ses salons, et là, par contre, j’avoue que je fais dans le minimaliste. Aucun flux technique sur le logiciel libre, déjà, puisque je me fous royalement des luttes intestines de ce milieu. A force de parler de cela plutôt que de vulgariser, certaines figures du libre s’enferment un peu plus dans leur niche et c’est dommage. Un peu de généralistes et blogs semi-pro, ça me suffit pour rester un peu au courant de ce qui sort. Là encore, les flux sont rares, et puis on va aussi dans le payant. Si seulement c’était gage de qualité?! Pour avoir essayé quelques périodiques payant dans des périodes d’essai, je n’ai pas été convaincu, à part ceux que j’ai cité plus haut qui sont justement dans du temps long (mensuel, bimestriel…). Je continue à soigner mon infobésité.

Ah le RSS et ses avantages !

Beaucoup de journaux mettent les articles en accès sur un temps très court, puis les mettent réservés aux abonnés. Les dossier plus fouillés sont aussi réservés et cela me paraît normal : Il faut attirer mais ne pas trop donner. Le flux RSS est parfait pour cela et permet de suivre, de faire le tri avec (selon l’outil), la possibilité de marquer les articles d’intérêts pour les lires plus tard ou creuser un peu plus un sujet en allant voir des dossiers, des sources plus documentées. Notez que je n’utilise plus Wallabag, Pocket etc… Si je ne lis pas dans la journée, je ne lirai jamais, ou trop tard, malheureusement. Et comme j’ai déjà beaucoup de choses à lire, je me limite à un petit feuilletage de flux, souvent orienté sur un ou deux thèmes dans la journée pour me focaliser ensuite sur ce sujet. C’est quand même mieux que de se coltiner les réactions sur le changement de nom de la ligue de football ou le dernier match de NBA sur les réseaux sociaux. Bon, ok, chacun ses goûts…Quand je vois que Mozilla envisagerait de faire une version payante de Firefox pour éviter la publicité sur les sites des journaux, je me dis vraiment que je ne vis pas dans le même monde. Encore un projet du Panda roux qui sent le sapin.

Mercator 1587

Je n’ai pas trop le temps de faire de longs articles autour de la géopolitique, parce que j’ai déjà traité ce que je connaissais un peu mieux que le reste et que je ne me vois pas faire des articles sur ce que j’apprend à connaître. Par contre, j’ai remis en route mon automate à Tweet pour diffuser quelques sélections d’articles sur mon compte Twitter… Oui, on peut essayer de relever le niveau. C’est sans doute peu efficace en terme de lecture mais c’est toujours ça de pris…Donc si vous avez la flemme de suivre ma sélection en RSS (https://theoldreader.com/profile/iceman75.rss) , ça peut se faire avec le zozio. A partir de cela, il pourra quand même m’arriver de faire des articles de synthèse, si le coeur m’en dit. Mais le ratio temps passé / lecteur est des plus défavorable, surtout qu’il y a bien plus pertinent que moi sur le sujet dans les publications spécialisées. Je fais de la vulgarisation, tout au plus, il faut rester humble. Je n’ai pas assez de bibliographie pour que ça soit assez fouillé. Et le format web d’aujourd’hui ne pousse plus trop à lire de multiples liens, paradoxe étonnant… Je le vois bien aux clics de liens dans les articles en comprenant, celui-là compris.

Alors, si j’en sors deux à trois par an, c’est déjà pas mal. Si je peux surtout donner envie à d’autres de mieux s’informer que de sombrer dans l’infotainment, ça sera déjà ça de gagné. Et depuis quelques années, la « consommation » d’information a bien évolué. Les tirages des journaux papiers en France sont assez ridicules par rapport aux autres pays, déjà. Mais la baisse est générale. Google News a changé et redirige systématiquement vers le site du journal. Mais il classe toujours par thèmes sans que l’on s’aperçoive de l’orientation sournoise de ce classement, sans même parler de l’information qu’il capte au passage sur les habitudes, les goûts des lecteurs. C’est souvent un savant mélange d’actu choc, de people, de sport et de placement produit déguisé (chronique de sorties de matériels). Tout le monde a plus ou moins ce type de présentation, même côté Qwant. Facebook a bien vu qu’il ne fallait pas s’obstiner à vouloir attirer la presse chez lui, car elle a perdu de sa crédibilité de toute façon. On croit s’informer en regardant des vidéos, des interviews, des reportages sur youtube, aussi, comme une nouvelle télévision à la carte. Ca reste très minoritaire par rapport à la masse de vidéos débiles, marrantes, clash…J’ai du mal à trouver le temps de suivre certaines chaines. Youtube reste pour moi un fournisseur de programmes courts, très courts. Et en bouquin, on vendra aussi mieux l’essai qui va aller à contre-courant, même si c’est cousu d’erreurs, si c’est creux,que celui qui va bien faire son boulot, sourcer, argumenter. Il n’y a plus vraiment de neutralité possible dans ce monde.

Même si je voudrais être neutre le plus souvent, j’ai forcément un avis, une affinité, une orientation. Dans mon aspect néo-réaliste de la géopolitique, j’essaie justement de comprendre ce nationalisme ambiant. Pour moi, il est inhérent à l’humain et nous le pratiquons toujours plus ou moins sans même nous en apercevoir. Il est naturel de vouloir protéger ses intérêts, celui de ses proches, de ses semblables par rapport à quelqu’un de lointain que l’on ne connaît pas. En dehors même de l‘ethnocentrisme, nous voyons et jugeons le monde avec nos valeurs, nos habitudes, en les mettant au dessus des autres. Ainsi, nous jugeons inadmissible de manger un chien ou un chat mais mangeons du bœuf, de la grenouille, ou des cailles, ce qui ne manquera pas de choquer d’autres populations. Il en sera de même pour des habitudes vestimentaires, religieuses, sexuelles, etc…Donc en géopolitique, il y a cette tendance à vouloir appliquer une vision occidentale de la démocratie partout dans le monde, sans penser aux conditions locales, à l’histoire, la taille des pays, mais aussi sans penser que cette vision est aussi remise en cause actuellement. Il faut penser qu’on ne dirige pas Andorre comme la France, la Chine ou la Russie, ce qui n’empêche pas de pouvoir s’entendre entre humains, de tendre vers des valeurs communes.

Mais être neutre est bien complexe dans certains conflits ancestraux où l’on ne sais où arrêter le curseur de l’histoire. A qui donner raison dans le conflit du Cachemire ou Israel-Palestine ? Évidemment, nous aimerions arriver à un partage du territoire sans frontière mais c’est illusoire au regard de cette histoire, récente ou lointaine, mais surtout des régimes en place. Si l’on compare à l’Europe qui se déchirait il y a encore 80 ans, c’est qu’à un moment, il y a eu la volonté de quelques « hommes » de faire table rase du passé, de l’imposer. Et pourtant la méfiance a été de mise pendant longtemps chez les générations qui ont vécues ces conflits. Aujourd’hui, il faut regarder des pays comme le Rwanda, le Kosovo, la Serbie, le Cambodge pour comprendre la longueur de ces processus, la difficulté de pardonner aussi, mais surtout la fragilité de ces équilibres. Dans les Balkans, par exemple, il reste des partis qui surfent sur cette histoire tumultueuse et qui, à la faveur de situations économiques difficiles, peuvent ressurgir. Ce sont encore des éléments dont on parle peu, à moins de rencontrer les habitants, les ressortissants, les déplacés, etc… On parle évidemment plus des dirigeants européens qui vont à contre-courant, sans regarder un peu plus finement la raison de leur succès. Dommage.

Donc, maintenant, j’ai l’impression d’être encore un peu chargé d’informations et il va falloir que je trouve le moyen de trier, de ne pas perdre du temps. Comment le savoir ? Si j’ai plus de 200 articles à la fin d’une journée, c’est trop. Ca veut dire que des flux font du copier coller donc qu’il faut trouver autre chose. Cascador se posait lui même la question sur l’information et il a trouvé sa réponse, pour l’instant. Je devrais peut-être revoir mon jugement sur quelques périodiques, ou aller voir du côté de XXI ou autres. C’est prévu… En attendant, je fais face à cette boulimie de beaucoup de flux RSS qui nous assomment d’informations qui pourraient se regrouper en un seul article. Derrière ce problème, se pose la question de l’attention. Nous voulons de l’immédiat, du consommable dans moins de 2 minutes, cette attention moyenne qui diminue. C’est le coeur même de notre erreur, notre perte. Je vois moi même que je ne prends plus le temps pour des vidéos de plus de 5 minutes. En fait, je préfère l’écrit, c’est vrai, parce que je peux le reprendre plus facilement où je l’ai laissé. Youtube devrait inventer le marque vidéo, tiens ! Mais surtout parce que je préfère prendre le temps, quitte à me forcer.

Le temps long, ça reste quand même le secret. Et puis pendant que j’y suis, je réfléchis très sérieusement à la suppression de quelques rubriques, après 6 à 8 mois d’essais sur ce blog. Je ne trouve pas que la qualité y est au niveau du reste. Certains essaieront de me persuader du contraire, mais je suis très autocritique, sans doute trop, puisque j’ai tant de fois sabordé le navire. Donc là aussi, je vais me concentrer sur l’essentiel, ce qui m’intéresse le plus finalement. L’écriture, la lecture, … La nouvelle formule arrivera en douceur en Septembre. Bonnes vacances, pour ceux qui y sont ou y seront prochainement. Ici, ça ne ferme jamais vraiment.

https://www.youtube.com/watch?v=M9BNoNFKCBI

4 réflexions au sujet de “Blog : Quand tu en oublies le reste du monde”

  1. Yo,

    Et le format web d’aujourd’hui ne pousse plus trop à lire de multiples liens, paradoxe étonnant… Je le vois bien aux clics de liens dans les articles en comprenant, celui-là compris => +10

    Certains essaieront de me persuader du contraire, mais je suis très autocritique, sans doute trop => Trop secret, trop autocritique, un vrai âne hé hé hé

    Ici, ça ne ferme jamais vraiment => Marrant de lire ça sur un blog quand tout ferme autour de nous, c’est rassurant

    Tcho !

  2. Est-ce que cela fait de moi un mauvais humain si j’en oublie le reste du monde, sachant pertinemment que je ne suis pas tailler pour sauver la planète et les êtres qui la peuplent ?
    A pluche et bonnes vacances si c’est ton tour 🙂

  3. J’ai laissé tomber l’idée de suivre l’actu via flux rss : trop chronophage. Je m’informe par Twitter, où les sujets importants poppent et si je veux en savoir plus je vais chercher des articles via moteur de recherche, voire suivre un live sur un journal (dernier en date l’incendie de Notre-dame). Je me rends bien compte que ce n’est pas l’idéal mais l’air de rien, je remarque qu’en procédant de la sorte j’arrive tout au moins à être au courant de l’actu FR. L’actu étrangère c’est autre chose, ça défrise moins les gens sur Twitter, du coup on en parle moins. J’ai aussi accès à l’abo numérique d’un grand journal via mon père mais je le consulte pas assez souvent, faudrait que je change ça.

    • En fait j’ai viré les RSS sur l’actu française qui se répètent et se recopient à l’infini et après tout, twitter peut suffire pour ça. Pour le reste c’est compliqué et j’ai encore à optimiser ou choisir mes sources dans certaines contrées. J’utilise de plus en plus l’affichage des titres seuls aussi pour un premier tri.
      Mais on peut s’en passer aussi…

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