Réflexion : Et mon fric, il sent la fin du monde?

J’entendais récemment une intervention d’un militant des « Amis de la terre » disant que le principal impact écologique sur terre vient indirectement des flux financiers et des financements choisis par les banques pour obtenir les meilleurs rendements. C’est une réflexion que j’avais déjà eue en changeant de banque il y a quelques années, en cherchant un compromis. Mais ça méritait que je creuse un peu plus pour comprendre mon impact indirect.

Alors je suis allé voir la dernière étude en date, celle d’Avril de RainForest Action Network, par exemple et j’ai comparé à une étude plus ancienne que je connaissais. Il s’agit des investissements dans le charbon et les hydrocarbures, ce qui comprend donc mines à ciel ouvert, gaz de schiste et toutes ces saloperies qui prolongent le modèle carboné qui est en train de nous tuer. .

Le palmarès des pires banques il y a quelques années, avant que le greenwashing ne passe. en Millions d’Euros

Et donc maintenant, ça donne ça :

chiffres 2019

Nous sommes bien loin des discours sur l’investissement vert des grands groupes et c’est même pire qu’avant. Ce qui ne change pas, c’est la présence de trois groupes français dans ce pire des banques (avec d’autres européens, beaucoup d’américains, de chinois). Ce qui ne change pas heureusement, c’est que ma banque n’est pas dedans mais malgré cela, il doit y avoir un impact dans ses investissements. Et seule consolation, le montant total ne progresse pas entre 2017 et 2018.

Et puis, il y a autre chose que mon compte bancaire courant. Comme un peu tout le monde, j’ai d’autres produits fourgués par banques, employeurs, ou je pourrais en avoir comme des PEA, assurance vie, PEL, etc… Là ça devient franchement opaque. L’assurance vie, par exemple, n’est plus du tout performante ces temps-ci (à peine 1,60% en moyenne). Mais que ne serait-on pas prêt à faire pour un bon rendement et sur un portefeuille d’assurance vie, il est impossible de savoir ce qui a été fait dans l’année comme placements et flux financiers. L’obligation de proposer un « fond vert et solidaire » ne date que de … cette année (dans la loi PACTE). Alors les amis de la terre et autres associations, parlent d’un impact de 40% des banques, au global, et l’on ne parle pas de l’énergie dépensée pour les transactions financières mais bien des financements des industries les plus polluantes. C’est presque une évidence de se dire que plus c’est de l’argent facile et malsain, plus ça rapporte. Mais est-on alors condamné à n’avoir que peu de rendement si on veut avoir un placement « garanti sans polluants » ?

Dans notre monde capitaliste, il faut que nos économies fructifient au minimum au rythme du coût de la vie (1,8% d’inflation en 2018 selon l’Insee, quand même). Oublions donc le Livret A et compagnie mais il faut quand même avouer que l’accès aux meilleurs placements ne se fait qu’aux riches. Si tu n’as qu’un petit milliers de Zeuros (et pas trop de neurones?), tu n’auras qu’un petit rendement. Cynisme…Et plus tu en as, plus tu veux que ça rapporte, semble-t-il. L’humain est insatiable dans ce domaine et ne pense pas aux conséquences. Pour ma part, je me contenterai d’un petit pécule suffisant pour vivre correctement ma retraite (mais je n’accepterai pas que l’on spécule sur mes points ou mon capital de retraite, hein…), que l’on s’occupe éventuellement de moi jusqu’à mon décès et ça, ça coûte cher. Il ne faut pas compter sur les chats pour ça, et j’irai même jusqu’à dire les enfants, car j’ai vu des trahisons familiales autour de moi qui m’ont refroidi sur les « liens du sang ». Mais en même temps, la Banque, c’est « moins je la vois, mieux je me porte ». Je ne compte sur aucun prêt, aucune autre activité que stocker des avoirs de manière sécurisée, avoir un distributeur (DAB) compatible avec ma carte de retrait et puis c’est tout. Certaines banques font en plus payer des frais quand on passe par d’autres DAB que les leurs, qui ont justement le bon goût de disparaître dans les petites villes. Et puis justement, nous oublions que tous les investissements et prêts passent par des établissement financiers qui font une partie de leurs bénéfices par des placements pas très reluisants. Impossible de remonter tout le fil de cet euro que nous avons en main.

Alors j’ai choisi de faire un compromis, entre du sûr pour ce qui est d’un crash boursier, du disponible au cas où et qui n’investisse pas trop dans des saloperies polluantes. Après, il y a de plus en plus d’offres bancaires « vertes » comme la NEF, par exemple. Mais l’expérience online est déplorable d’après ce que je lis, et question frais, ce n’est pas non plus le top. Encore du compromis à faire… mais j’ai tendance à penser que tous les services sont de plus en plus déplorables quelque soit la Banque. J’en parlais à ma conseillère l’année dernière, qui convenait elle-même que le « back-office » n’assurait plus comme avant.

Je dirai que l’on va être dans le choix du moins pire dans ce domaine. Car au delà du compte-courant, je me pose beaucoup de questions sur les autres placements, surtout quand on propose des plans en actions sur des boîtes qui ne gagnent pas que sur le terrain industriel mais aussi dans leur activité bancaire, notamment via intéressement et participation. Oui, problème de riche, dirait-on car tout le monde n’a pas droit à cela. La majorité a plus de mal à finir les fins de mois que de choisir un placement, et paye… des frais bancaires pour les découverts. Et puis, que veut dire investir dans du renouvelable, finalement ? Le terme est tellement mis à toutes les sauces que l’on ne sait plus vraiment ce qu’il y a derrière.

Récemment, je voyais un reportage sur les éoliennes : Le vent c’est non polluant mais malheureusement, l’installation d’une éolienne pollue… le visuel au moins. Bon, soit… mais c’est aussi un problème en durée de vie de l’installation, à peine 25 ans et personne ne sait comment recycler des pales en composite qui vont larguer des polluants un peu partout car il faut déjà avoir la volonté de la démonter, déplacer les morceaux… Pourtant, l’article L 553-3 du Code de l’environnement, précise que l’exploitant d’une éolienne est responsable de son démantèlement et de la remise en état du site. En plus de cela, on s’aperçoit que les raccordements au réseau sont souvent mal faits avec des « fuites » électriques, des défauts d’isolement qui provoquent aussi des morts inattendus chez des animaux. Difficile à prouver quand on sous-traite au plus offrant et que le métier d’EDF a été disloqué en autant de sociétés et risque de l’être encore plus pour le nucléaire . Je connais justement bien le massacre dans le nucléaire, de l’intérieur, et dans l’installation des compteurs Linky (sous-traitance de l’installation jusqu’à l’impossible) pour être méfiant sur le sujet. Le solaire ? Oui, bonne idée aussi, à condition que la fabrication des cellules et l’entretien soient prises en compte avec. Malheureusement, c’est fait à bas-coût en Chine avec des polluants, peu de social. Un peu comme la voiture électrique qui décale la pollution où on ne la regarde pas, nous avons tendance à nous voiler la face et ne pas penser global, terrien. Mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire, bien au contraire. Si déjà on arrive à passer ce pic de charge électrique qu’on va créer en ne continuant de consommer comme avant mais en électrique, ça sera déjà pas mal…Personnellement, je vois la catastrophe arriver et je pense déjà à autre chose que l’électrification. Et en plus l’industrie du recyclage se fout de notre gueule, et balance le tas de déchets ailleurs.

A force de penser source d’énergie, on oublie tout simplement de faire évoluer son comportement. Quelque soit la source d’énergie, le but n’est pas de consommer toujours autant, mais de devenir plus économe. En ce moment, les augmentations de gaz et d’électricité nous y pousseraient mais mes baisses de consommation compensent à peine les augmentations de tarif. Isoler ça reste plus cher que ce que l’on gagnera en coût probablement sur ce qui nous reste à vivre, mais c’est malgré tout un bon geste pour la planète. Je viens en fait de donner le cœur du problème : être réellement plus économe énergétiquement, c’est rarement rentable pour soi. Mon voisin qui a son poêle à bois qui me pourrit l’atmosphère est peut-être rentable mais c’est une infection dehors et j’hésite à ramener un compteur de particules de mon travail ! Après tout, le bois repousse, ça vient d’à coté, ça peut se discuter. Mais maintenant je vais certainement devoir entamer un ravalement sur la maison et je réfléchis évidemment à l’ampleur de la tâche. J’ai fait une estimation de ce que je coûte à la planète et ce n’est pas très joli. 80% vient de la consommation en énergie et encore j’essaie quand même de limiter mes déplacement, surtout en avion, et je ne mange pas de viande.

Le prêteur et sa femme – Quentin Massys 1514

Tiens, j’aurai peut-être besoin de transférer de … l’argent pour payer ces travaux, d’un prêt ? De l’argent qui viendra indirectement de banques pas toujours vertueuses mais qui le seront pour se verdir. Il y a de quoi être un peu perdu dans cet imbroglio financier. Alors je me dis que je vais faire plus simple qu’avant, éviter de multiplier trop les placements comme les déplacements, les solutions de sauvegardes, lorsque je le peux. Malheureusement, il y a aussi des « placements contraints » qu’il faut repérer et tenter de juguler. Je pourrais tenter aussi de connaître le détail de ce qui compose ces placements mais aujourd’hui c’est vraiment trop complexe, même pour les spécialistes. Alors se contenter de ce que l’on a, fuir les pires essayer de faire plus sain, plus propre, c’est déjà un bel objectif. Un objectif qui me paraît gâché par une poignée de terriens insouciants.

Dans ce tableau pas joli joli, je suis effaré de constater que le marché automobile européen voit ses émissions de CO2 stagner depuis 2 ans, et on pourrait même dire pareil pour la plupart des polluants. Avec près de 40 % de SUV dans les ventes, dont de plus en plus d’essence (mieux en ville pour particules en Nox en théorie, moins bien ailleurs), comment pourrait-il en être autrement? Fiat achète le droit de diminuer ses chiffres avec un accord avec Tesla. Tout le monde va vouloir brader l’électrique en faisant de la merde pour passer sous le seuil… Tout se négocie ! Mais nous sommes dans le délire, d’autant plus que l’on fait appel de plus en plus à de la LOA, du prêt, de la location longue durée ce qui revient à … un placement financier. On en revient encore à de la spéculation pour la consommation qui maintient artificiellement une croissance qui n’a plus lieu d’être. La marche forcée vers la voiture électrique reste aussi une infâme connerie, d’ailleurs, car mettant en jeu des ressources naturelles, créant des déchets par des changements de véhicules pas nécessaires, etc… Surtout quand on laisse de côté des pistes technologiques plus prometteuses. Les amendes brandies en cas de non respect des seuils ne seront pas appliquées car mettre en faillite un grand groupe, c’est un très gros chantage à l’emploi en perspective. Les dérogations existent déjà, mais par contre, ça va sabrer sévère dans les chaines de production et les garages dans cette transition mal maîtrisée.

Bon, il est bien déprimant ce billet de fin du monde « on va tous mourir« , non ? Il paraît que 70% des gamins d’aujourd’hui ont conscience de ce risque de fin du monde, du monde « humain ». C’est plutôt réjouissant dans le sens où ça pousse à réagir… Moins si l’on considère que c’est inéluctable. Périodiquement, on a une génération « no future » suivi d’une autre plus insouciante, c’est cyclique. Je me dis que quoi qu’il se passe après moi, j’aurai quand même apporté quelques graviers dans l’édifice, car pour la pierre, ça fait quand même léger… ou un très très gros édifice alors. C’est un peu penser à son karma tout en pensant aux autres, mais juste un petit peu. Si seulement, ceux qui collectionnent les euros comme d’autres les timbres ou les étiquettes de camembert, pouvaient se dire la même chose et surtout que leurs euros ne leur feront pas éviter le retour à l’état de poussière. Et puis, surtout, on voit tout cela de manière restrictive, triste alors que l’on peut très bien évoluer dans son comportement avec bonheur. Une transition heureuse…

Mon fric ne sent peut-être pas trop la fin du monde ou plutot de NOTRE monde (la planète survivra à l’homme comme elle l’a fait à d’autres espèces disparues), mais j’essaierai quand même qu’il soit un peu plus respectueux qu’avant en réfléchissant à ma manière de le dépenser. On parle de consomm’acteur ? A l’heure où l’on découvre un nouveau maillon de l’espèce humaine en massacrant les espèces non humaines actuelles, on peut se dire que nous sommes une poussière dans l’histoire d’une planète, et une poussière dans le fonctionnement de l’humanité. Mais avant de retourner à l’état de poussière, je préfère faire le ménage chez moi. La complexité du monde nous fait nous sentir impuissant, les politiques étant aussi des jouets de ce monstre que nous avons construit. Il ne faut ni se voiler la face, ni sombrer dans le pessimisme. Nos actions doivent juste être plus réfléchies… Mais si je tiendrai mes objectifs, d’autres préfèrent enchainer les réunions et sommets stériles, qui n’ont suivi aucun des objectifs en 15 ans, créer des commissions et assemblées pour faire croire à de l’action et ça, ça nous tuera*. It’s the end of the world as we know it and I feel fine !

*: Il n’a pas fallu plus d’une semaine, par contre, pour sortir une loi s’exonérant des contraintes environnementales pour rebâtir Notre-dame et massacré le patrimoine. Ne vous trompez pas d’écologie.

4 réflexions au sujet de “Réflexion : Et mon fric, il sent la fin du monde?”

  1. Quelques chèvres sur le plateau du Larzac et un petit potager, loin de ton voisin qui fait du feu parce qu’il ne veut pas faire tourner à plein régime sa climatisation 🙂 c’est peut-être la solution.
    Le capitalisme va nous tuer car il n’y aura pas de place pour tout le monde et c’est déjà bien parti.
    A pluche.

  2. Une utopie de plus, à la.fois proche des cryptomonnaies pour la gestion, mais qui ne reste valable que dans un petit périmètre car sinon on se retrouve à gérer le change donc la spéculation.

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