Musique : Dahmane El Harrachi – Best of (1980-2013)

Dahmane El Harrachi, c’est un peu l’artiste maudit de la musique Chaâbi, une sorte d’équivalent de Robert Johnson. Jamais connu de son vivant, ou si peu, c’est après sa mort qu’on a chanté ses chansons et ses louanges…

Car en réalité, j’ai déjà parlé de lui lorsque j’ai fait un article sur le regretté Rachid Taha. Je discutais de musique avec mon collègue franco-algérien Saïd qui me disais d’écouter d’autres choses de Dahmane El Harrachi. Mais difficile de trouver des albums de ce musicien. Son fils Kamel parvient difficilement à faire vivre la mémoire de son père. Je pense pourtant qu’il inspirerait un bon film, tant sa vie a été tumultueuse. Artiste maudit car Ya Rayah a été plus populaire après sa mort avec d’autres chanteurs et en en lisant les paroles traduites, j’ai compris pourquoi elle m’avait touché, comme tant d’autres. C’est la magie de la musique qui fait passer l’émotion même sans comprendre le texte.

https://www.youtube.com/watch?v=v8jhGdavzAY

Alors j’ai pris la première compilation que j’ai pu trouvé et j’y reviens avec plaisir. Car au delà de sa chanson phare, il y a une voix rocailleuse (hélas ruiné par les abus sur sa fin) et un jeu de mandole et de banjo remarquable. Il suffit d’entendre l’intro de « Billad Elkhir » pour comprendre que le Banjo dans ses mains n’a rien d’un instrument de country. Mais la seule dextérité n’explique pas l’émotion que l’on peut ressentir à l’écouter. Il y a la souffrance de l’expatrié, de l’homme qui a du quitter son pays pour vivre, celui qui a souffert de la pauvreté, de la dureté du travail. Malheureusement, je ne peux saisir toute la poésie des autres chansons de cet album mais il y a une force incroyable qui émane de ces enregistrements.

Dans sa biographie, on lit qu’il ne s’est produit en public qu’en 1974 dans son pays pour la première fois, soit 6 ans avant sa mort, après avoir écumé bien des cafés et restaurants en France. Evidemment, les titres de cette compilation n’ont absolument rien de radiophoniques dans le format actuel avec souvent plus de 5 minutes. mais il me suffit de quelques notes (tiens sur « Elli Heb Slahou » par exemple) pour partir ailleurs et écouter. C’est un véritable bonheur à entendre ne serait-ce que ce jeu d’instrument, déjà, cette voix vraiment typée et expressive. Quand je parlais de Robert Johnson au début, c’est parce que j’ai ressenti un peu la même chose en écoutant les enregistrement du bluesman maudit. Malheureusement, il doit y avoir moins d’enregistrement de M. El Harrachi aujourd’hui et c’est bien dommage mais sa musique continue de vivre en Algérie, en France, et ailleurs.

https://www.youtube.com/watch?v=y45xx-86000