Blog : Si j’etais né en 1999

La semaine dernière, je parlais de ce sentiment de ne pas être forcément dans ce « temps ». On pourrait dire que c’est seulement l’âge mais il m’arrive aussi souvent de m’imaginer être né une génération après. Avec des si….

Je ne me souviendrais certainement pas de ce passage à l’an 2000. Je n’aurais même pas de souvenir de ces évènements marquants géopolitiquement que sont par exemple, le 11 septembre 2001, la chute de Saddam Hussein, le référendum sur l’Europe, la guerre civile en Ukraine, etc…. Je me souviendrais du premier président de la France dont j’aurais vu à peu près l’élection comme étant Nicolas Sarkozy, et de l’élection de François Hollande comme un espoir déçu, peut-être…Encore que j’en doute avec mes parents qui eux aussi auraient 25 ans de moins. J’aurais pu voter depuis 2017…et j’aurais enragé de ce premier résultat comme pour celui que j’ai vécu réellement. Je serais révolté par ces conflits meurtriers qui tuent des innocents, ces destitutions et coups d’état orchestrés par les grandes puissances. Je serais inquiet de la situation de l’union européenne. Je serais touché par les catastrophes climatiques (inondations, tempêtes) comme je l’ai été par Tchernobyl dans ma vie réelle. Mais j’aurais connu Fukushima. J’aurais aussi vécu une victoire à la coupe du monde de football mais pas forcément avec la même adhésion au groupe. Une chose est sûre : Je ne serais pas de ces 20% de Français âgés de 18 à 34 ans, qui affirment ne jamais en avoir entendu parler de la shoah. 

J’aurais connu secret story, les anges de la téléréalité et toutes ces merveilleuses émissions enrichissantes (si si, pour les producteurs) sans pouvoir voir les primes…. ouf. Je me serais passionné pour un ou une candidate de The Voice. Pour moi les dimanches, ça n’aurait pas été Jacques Martin mais Michel Drucker. Ca n’aurait pas été Stade2, 7 sur 7 ou les animaux du monde non plus. Et pourtant j’aurais voulu regarder le dessous des cartes sur Arte ou E=M6 ou bien des émissions animalières documentaires ou parlant des soins dans les zoo. Je n’aurais pas raté un numéro de TPMP ou Quotidien pour en parler le lendemain avec mes potes où ceux que je croyais l’être. J’aurais peu à peu basculé d’une culture télé à une culture web…

Une bonne description ? 

J’aurais toujours bénéficié de l’excellente bibliothèque municipale de mon ex-banlieue rouge. Mine de rien, ça aide dans les études, dans la culture générale. Mais la dégradation de la situation dans le collège et le lycée le plus proche aurait peut-être poussé mes parents à me mettre dans le privé. Allez savoir ce que j’aurais fait comme étude derrière tout ça ? Je crois que je n’aurais pas pu me spécialiser et que j’aurais fini quand même dans une filière très généraliste, scientifique, … Sachant ce que je sais maintenant, évidemment je verrai ça autrement mais j’aurais certainement fait les même conneries avec ces années d’écart. On ne se refait pas totalement. Pourtant des profs auraient quand même su me donner des passions, marquant à jamais ma vie. Mais j’aurais mis encore quelques années à le réaliser. La masse de données et de distractions à portée de clic aurait été un bien et un mal car…

Je serai né avec Internet et pourtant mes parents auraient mis un peu de temps à s’y convertir. Mon premier ordinateur aurait été un truc de supermarché, un Acer, un HP ou que sais-je, sous Windows Seven probablement. Et forcément, mes parents m’auraient interdit d’aller sur Facebook, auraient tenté de me protéger de tous ces contenus malsains de l’internet grand-public. J’aurais vu tous mes amis avoir des téléphones portables puis plus tard des smartphones alors que moi j’aurais été encore « protégé » de ces objets du mal, en finissant par y succomber sur le tard. Et forcément, je me serai retrouvé marginalisé mais pas forcément malheureux avec des livres, des grands parents très présents, … une chance en fait. Et pourtant j’aurais bien été la victime de rumeurs, de moqueries sur ces réseaux car forcément, quand on n’est pas « comme les autres »… Et c’est là que je pense que j’aurais très mal vécu cette adolescence avec cette prépondérance de l’image, du paraître plutôt que l’être. Et la technique informatique m’aurait peut-être attiré encore, les OS alternatifs plutôt que la programmation, le codage. Je ne sais pas si j’aurais essayé de comprendre comment tout cela fonctionne…quoique j’ai toujours été curieux de tout. Mais pour changer mon windows, je n’aurais pas commencé par une Slackware, une Redhat ou un BeOS mais par Ubuntu, tout en rêvant peut être de Mac et d’IPhone, parce que le bling bling, ça impressionne un jeune. Mais est-ce qu’une conscience sociale m’en aurait empêché? 

Pour les passions, j’aurais découvert la photo sur un téléphone mais mon père aurait quand même insisté pour m’expliquer la technique sur un reflex. Je ne pense pas que j’aurais fait des selfies, ou rarement. J’aurais photographié mes amis à plumes, à poils (non…pas de mauvaises pensées !!) Mais est-ce que je serais tombé dans l’automobile tout petit ? Est-ce que j’aurais suivi les bagarres de Vettel, Alonso, Rosberg et Hamilton avec passion? Les titres de Loeb ? Difficile à dire et pourtant j’aurais encore été malade à cause des odeurs de plastique des voitures neuves même si les trajets de vacances seraient plus courts avec l’autoroute. La voiture volante en l’an 2000 n’aurait pas été un fantasme, c’est sûr mais je me demande ce que l’on imaginerait pour 2100 : Un truc qui vole tout seul ? Et pendant les vacances, j’aurais lu autant du Tolkien que du JK Rowling et du Lovecraft, du Herbert, du Conrad mais j’aurais quand même commencé par des Jules Verne, des Stevenson, des Dumas, parce qu’ils seraient disponibles, là, dans la maigre bibliothèque familiale. J’aurais autant pillé le rayon Cinéma de la bibliothèque municipale sans pourtant avoir envie de travailler là dedans. Avec les possibilités d’enregistrement et de téléchargement, j’aurais aussi pu voir plus de classiques. J’aurais découvert plus facilement la musique mais en même temps le marketing m’aurait poussé vers la musique commerciale. Peut-être que Queen aurait été remplacé par Muse, que Morcheeba aurait quand même atteint mes tympans, que j’aurais été plus rap que rock…avec ce si, j’aurais aussi visité tous les musées d’art du monde sans forcément collectionner les timbres ou lu des magazines et livres sur le sujet. J’aurais rêvé sur la beauté des papillons de toute sorte, des oiseaux à travers des photographies et sites web. Et même avec quelques classiques de la BD franco-belge, je serai plus manga que le reste…

Mais avec tout ça, à 19 ans, bac ou pas en poche, qu’est-ce que j’aurais envie de faire, aujourd’hui ? Est-ce que j’aurais envie de croire en quelque chose, de m’investir vraiment ? C’est là que l’exercice a des limites. On me dirait de faire des études, de devenir ingénieur peut-être ou bien de faire de l’alternance, du technique, de travailler et apprendre dans un secteur porteur qui pourtant ne m’amènerait pas de passion. Impossible à deviner, comme il m’était impossible de deviner ce que j’ai fait ensuite en naissant bien plut tôt. Si je repense à mes réponses de métier futur en primaire, cela n’a rien à voir. Il y a très peu de gens qui font ce qu’ils imaginaient enfant. C’est dommage et pourtant j’ai eu une certaine chance, celle d’être dans une passion de jeunesse même si je ne suis pas à travailler sur le produit final complet. Mais en naissant en 1999, j’aurais sans doute une autre envie, pas forcément guidée par mes parents.  

Justine Dieuhl par Henri de Toulouse-Lautrec (1891)… pour le lien avec l’article, lisez un peu sur ce peintre.

Et si justement j’était le père de cet enfant né en 1999, qu’est-ce que je lui dirais ou aurais dit? Je lui dirais sûrement d’être curieux de tout, de voir le monde dans sa globalité mais aussi tout près de soi, de ne pas oublier ce que l’on est. Et peut être que ce moi de 1999 aurait simplement envie de le voir ce monde, de faire tout l’inverse du moi que je suis, sinon. Peut-être qu’il n’écrirait pas, qu’il dessinerait, allant au bout de ce qu’on aurait pu lui promettre dans sa plus tendre enfance. Il le ferait non plus avec des crayons, des stylos, mais avec l’ordinateur, une tablette graphique, un scanner et tant d’autres choses. Il n’y aurait plus de limite que l’imagination mais en ai-je eu malgré le manque de moyens techniques ? Comme j’ai tendance à penser que de la contrainte née l’imaginaire, j’aurais gardé des contraintes.

Non, je pense que je rêverais encore, que j’inventerais des histoires, pour moi même, dans mon petit coin avec ce que j’aurai comme jouets puis comme supports. J’aurais encore des Lego, c’est sûr, pour bâtir mon monde, même si aujourd’hui il y a des licences starwars, ninjago, etc… Je recréerais toutes sortes d’engins, d’objets qui ne sont pas dans les boîtes. J’éviterais le réel, les réseaux sociaux à la mode, les twitter, les whatsapp, les snapchat pour être ailleurs, faire mon truc à moi sans rien dire à personne. Oh, bien sûr, je me perdrais encore dans des distractions futiles, dans des jeux chronophages, mais je serais sans doute cela. Pas youtuber bien sûr mais autre chose, à la fois marginal et secret, tellement secret que ça resterait dans ce jardin verdoyant qui me servirait de refuge. Et ce jardin, ces rêves, on voudrait me les voler, les découvrir ou même les effacer.  

Mon plus gros doute dans toute cette fiction, c’est de savoir si j’aurais résisté à la contrainte, celle d’un moule qui ne me conviendrait pas, celle de la mode et de la pression sociale. Car quand on est plus jeune, on ne comprend pas toujours pourquoi nos parents prennent certaines décisions, interdisent. Est-ce que le mal-être inhérent à l’adolescence aurait le dessus ou pas ? J’ai l’impression que la société d’aujourd’hui contient plus de violence qu’à mon époque. Déjà mon lycée commençait à devenir un lieu d’agressions autant physiques que verbales les deux dernières années. Si ça peut forger les caractères, ça peut aussi en détruire. J’ai déjà parlé des raisons d’écrire qui sont liées indubitablement à l’adolescence, à des contraintes mal vécues autant qu’à des passions encouragées. Et tout ce que je peux imaginer aujourd’hui dans cette hypothèse est forcément faux. Les rencontres auraient été différentes, les amours et les haines aussi. 

Qu’importe finalement toutes ces hypothèses. En fait, ce qui importerait le plus, c’est qu’on me laisse être moi même, librement. Je vois chaque année des jeunes qui arrivent avec des rêves et d’autres sans. J’en vois qui font des études sans y croire, par obligation ou dépit. D’autres pour qui ce n’est qu’un tremplin, qui ne sont pas toujours les plus doués mais qui ont cette petite étincelle en eux. D’autres courront après toute leur vie, la perdront de vue. J’ai mis un peu de temps à la rattraper quand je me suis perdu dans un labyrinthe. Si j’étais né en 1999, j’aimerais surtout être moi… en m’apercevant que l’article que je viens d’écrire n’est pas du tout ce que je pensais en faire au début.  

https://www.youtube.com/watch?v=w87A5ZYEUJM

6 réflexions au sujet de “Blog : Si j’etais né en 1999”

  1. Super billet de confidence, très touchant et qui inspire pour réfléchir sur soi-même et se dire « Et si moi aussi j’étais né en 1999, soit 20 ans plus tard ». Il faudrait que je prenne le temps de faire l’exercice de rédaction, ce serait intéressant.

  2. Avec des si, « on pourrait mettre Paris en bouteille » mais imagine “Si les genoux se pliaient dans l’autre sens, à quoi ressembleraient les chaises ?” tout cela pour dire que c’est une chose d’imaginer mais cela ne change pas la face du monde, cela fait juste voyager dans la tête.
    En 1999, j’avais un ordinateur de supermarché avec W95 mais je ne me suis jamais imaginer qu’il n’allait pas passer l’an 2000 🙂
    Mais j’imagine que tu pourrais être le papa d’un enfant né en 1999 …
    A pluche.

  3. Il m’est impossible de rentrer dans ce billet car il est impossible d’imaginer qui on aurait été à une autre époque, dans un autre lieu, tout simplement parce que nous serions quelqu’un de différent. Être soi-même c’est déjà beaucoup, et pour ma part je suis effrayé à l’idée de penser que j’aurai pu être comme tous ces gamins qui ne s’intéressent à rien, je ne regrette pas ma naissance dans les années 70, j’ai l’impression que cela m’a offert le droit de choisir plus que de subir.

    • Je n’étais déjà pas comme mes camarades dont on disait déjà qu’ils ne s’interessaient à rien….et je m’interessait à autre chose que ce qu’on me conseillait. Donc effectivement on devient aussi ce que l’on est par des rencontres et des événements. Ils sont differents aujourd’hui.

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