Littérature : Hippocrate aux enfers de Michel Cymes (2016)

Je n’avais pas vu le documentaire issu du livre mais comme le sujet me passionne, je n’allais pas raté ce livre. Le médiatique docteur Cymes s’interroge sur ce qui a fait basculer ses médecins du 3ème Reich, artisans de la Shoah.

Ce n’est pas le premier ouvrage sur le sujet, loin de là mais je voulais avoir une vision plus médicale du sujet. Mission à moitié remplie. Cymes et les personnes qui l’ont aidé à écrire entreprennent de brosser les portraits de ces hommes et femmes qui sont passés de la médecine à la tuerie de masse. Ils décrivent les horreurs commises et ça laisse comme une horrible nausée.

Mais il me manque des réponses. Cymes rappelle les lois de 33 et 35 qui interdisaient alors les expérimentations animales, ce qui montre au passage l’échelle de valeur en vogue à l’époque. Il rappelle aussi l’eugénisme et l’hygiènisme qui étaient en vogue à l’époque. Cet état d’esprit explique en partie le basculement mais ça ne suffit pas. Il y a un désir de revanche ou une grande ambition chez ces personnes. Le nazisme leur paraît être une redistribution des cartes pour certains qui n’étaient pas forcément du bon milieu. Pour d’autres , c’est simplement être  à la hauteur d’une réputation familiale. Mais là encore, ça ne suffit pas à tout expliquer. 

Ma plus grosse interrogation derrière tous ces faits, c’est le problème de l’expérimentation. Aujourd’hui, on commet autant d’horreurs inutiles sur des animaux, dans le silence. On choisit aussi des modèles animaux discutables, par facilité, avec les erreurs que l’on connaît sur les médicaments. Cymes rappelle d’ailleurs que certaines études reprenaient des études animales du 19ème siècle, sur des humains. Le paradoxe de ces médecins était de considérer les juifs, tsiganes, handicapés, moins que des animaux et pourtant de les rapprocher du modèles « humain » des aryens. Pour certains, on comprend bien que c’est l’impossibilité du modèle animal qui les a guidé sur cette solution. Ils auraient été les tortionnaires que l’on connaît dans les laboratoire de vivisection, sous le couvert de vétérinaires qui ont aussi basculé de l’autre côté.

L’intérêt du livre est à considérer comme une remise en lumière, un devoir de mémoire sur ces horreurs. Dans d’autres génocides, on connaît aussi d’autres médecins et intellectuels qui ont commis des horreurs. Je m’interroge parfois sur le choix de la médecine pour certains de ces individus. Cela était parfois par tradition familiale et Cymes parle du rapport curieux à la santé des fils et filles de médecins. Pour d’autres c’est devenir un notable, une personne respectée. Encore aujourd’hui, je m’interroge quand je vois certains médecins qui semblent devenus des robots sans sentiments. Quelque chose se brise à un moment. Le livre ne répond pas à cela mais apporte des éléments pour illustrer les dérives possibles. Jusqu’aux plus terribles. 

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