Littérature : Ma Part de Gaulois de Magyd Cherfi (2016)

On connaît Magyd Cherfi comme auteur et chanteur du groupe Zebda qui enchanta ma jeunesse, d’ailleurs. Le voilà écrivain depuis quelques années déjà…

C’est mon collègue belge Odysseus qui m’a soufflé l’idée de cette lecture et ce fut un très bon conseil. En effet ce livre réunit la forme et le fond, ce qui est rare. La forme, c’est un style remarquable même si ça s’essouffle assez naturellement au milieu du récit. C’est aussi une forme d’autobiographie qui a été volontairement  romancée par l’auteur. Cela veut dire que les anecdotes ont un fond de vérité mais sont « enjolivées ».

Le fond, c’est le parcours d’un fils d’immigrés algériens que la mère pousse à lire, à s’instruire, à réussir à l’école. C’est la banlieue toulousaine, le ghetto des quartiers nord, le regard néocolonialiste des français qui cantonnent ses camarades aux études techniques, CAP, BEP. C’est le refus de pratiquer le français chez les gitans comme chez les autres populations immigrées, cette langue qui représente aussi l’oppression, le mépris d’une société qui leur donne la nationalité française sans les considérer comme de « vrais français ». On le traite de « pédé » lorsqu’il parle avec cette belle langue qu’il aime pratiquer. Il devient le « poète », celui qui sait séduire avec les mots. Il est le grand frère qui donne des cours de soutien aux collégiens. Et pourtant on l’envoie dans des filières littéraires voies de garage, lui aussi.

Pour être contemporain de l’auteur et avoir vécu aussi dans une banlieue, j’ai côtoyé cette génération sacrifiée, celle qu’on orientait plus volontiers sur ces filières sans avenir. J’ai connu aussi des camarades qui avaient du talent, que des profs encourageaient et qui d’un coup ont sombré dans le n’importe quoi. A la lecture de cela, je le comprends mieux. Et puis il y a les « filles », les sœurs à qui on refuse souvent l’instruction, qu’on bat parfois juste parce qu’elles lisaient un livre. En y réfléchissant, c’est vrai que j’ai peu de souvenirs de réussites dans mes camarades, à part 2 sœurs jumelles qui avaient aussi ce comportement de grandes sœurs. Vous l’aurez compris, l’aspect romancé ne gâche pas du tout le sujet et interroge sur les responsabilités de la situation des « banlieues ». 

Le livre s’arrête avant la période Zebda et il est déjà suffisamment dense comme cela. C’est vraiment un bel ouvrage qui mérite le détour même si le sujet n’attire pas forcément. Car on s’interrogera alors sur l’enseignement de la langue, l’éducation par elle même et cette sélection qui s’opérait et s’opère toujours sans dire son nom. Il y a quand même eu des changements dans le bon sens, parmi les mauvaises mesures accroissant les inégalités,  aujourd’hui mais que ce fut long et on n’efface pas tout cela comme la craie sur le tableau noir de l’époque. Il reste tant à faire pourtant…

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