Blog : A la recherche de l’Identité

Après la victoire de l’équipe de France de football, on nous a encore resservi de « l’identité française », du « Black blanc beur » sauce 2018, etc… De quoi s’interroger sur ce qui définit Notre identité.

Comme souvent, il y a eu une polémique sur twitter, ici sur la déclaration d’un humoriste américain, d’origine sud-africaine, Trevor Noah qui parlait d’une « victoire de l’Afrique ». Des personnalités (surtout sportives) ont réagi au premier degré, comme s’il fallait faire oublier toute l’histoire africaine de la France et montrer que l’intégration ça marche. Je comprends l’affirmation de cette identité française chez ces personnes qui souffrent tous les jours d’être vus par certains comme des citoyens de seconde zone. Et en même temps, j’avais bien compris ce que voulait dire Trevor Noah mais il y a un clivage dans la manière de voir nord-américaine et celle que l’on a en France (mais pas dans toute l’Europe…). Le problème est que cette même déclaration de Trevor Noah a été récupérée par des mouvements d’extrême-droite à grand coup de thèses nauséabondes. En pleine crise migratoire, le sujet de « l’identité  » est tendu…On parle même de mouvements identitaires, l’extrême droite n’étant jamais la dernière pour récupérer les termes et symboles.

Je me suis interrogé, moi-même, sur ce qu’est mon identité. Je suis français depuis ma naissance, de par mes parents, grands parents et bien plus loin. J’ai déjà parlé de mon sentiment « Européen ». Mais j’ai aussi des liens régionaux en Auvergne, Alsace, Bretagne, Normandie et …île de France. Mais je suis aussi marqué par les conflits européens du 20ème siècle qui me font rejeter tout nationalisme, tout patriotisme exacerbé. Mon identité est forgée par ce qu’a vécu ma famille, par des migrations à l’intérieur de la France, par des guerres, par des luttes sociales, …par une Histoire. Chez mon épouse, mon voisin, mon collègue, mes amis, ça sera différent. Et pourtant, aujourd’hui nous vivons dans un même pays avec souvent des visions différentes, et nous soutenons parfois des équipes qui arborent ces couleurs tricolores. Je connais ainsi des personnes ayant la double-nationalité : Portugais, Turcs, Sri-lankais, Chinois, Brésiliens, Mexicains, Allemands… Tous ont une vision qui leur est propre de ce pays, de l’Europe et même du monde en général. Mais s’il y a un jour match entre France et leur pays natal, il n’y a guère de surprise de les voir choisir plus souvent le pays natal, même s’ils ne l’ont pas connu beaucoup. Je pense que je ferai de même si je vivais ailleurs même durant des dizaines d’années. Cela vient du plus profond de soi, de l’enfance, ces années qui forgent aussi notre personnalité.

Le Double Secret de René Magritte (1927)

Je suis souvent très critique envers mes concitoyens, ce côté donneur de leçon, individualiste, Coq dans la basse-cour et je comprends bien le French-Bashing dont nous sommes victimes à l’étranger. Au point que je n’aime pas voyager avec un groupe de français mais plus volontiers avec un groupe multinational… Mais je suis critique envers moi-même, mon comportement trop « français » parfois, le côté râleur, insatisfait contre lequel je dois lutter. C’est peut-être là une identité dont on hérite de manière invisible en vivant ici. Je ressens aussi la différence entre nordistes et sudistes, entre parisiens et provinciaux, … Je vois même cela à l’intérieur même de la région parisienne, dans les comportements sur la route, dans les magasins. C’est étrange et ça fait comprendre ensuite beaucoup de choses sur la marche du pays, ses choix politiques…

Mais l’identité aujourd’hui, c’est un truc marketing. On se forge une identité à travers des marques, des choix de vie. Mon identité est d’être vegan (ça va au delà de l’alimentation végétalienne) ou au moins végétarien, d’utiliser des systèmes informatiques alternatifs et plus souvent libres, … On me connaît pour ça et j’en discute volontiers sans énervement, comme je peux discuter religion avec un curé, un imam, un rabbin, un prêtre ou un simple pratiquant de ces religions, un bouddhiste, etc…. Je ne dis pas que je l’aurais fait de la même manière il y a 10 ou 20 ans, parce que déjà je n’avais pas le même mode de vie, la même culture de ces sujets. Mais aujourd’hui, c’est comme ça que je suis défini. Je n’ai pas vraiment d’appartenance à des marques, n’arborant pas spécialement du Superdry, du Abercrombie&Fitch, du Levis ou du Naf-Naf pour reprendre quelques marques iconiques d’époques passées ou présentes. Je ne suis plus AppleFan depuis longtemps, pas plus que Google, Microsoft ou Xiaomi. Je ne fais pas mes courses systématiquement dans le même magasin ou n’achète pas de la nourriture d’une marque particulière. Mais j’en connais qui sont des publicités ambulantes, se bâtissant sans doute une identité et une appartenance à un groupe. C’est souvent très artificiel et lié à un effet de mode mais les marques savent flatter cela chez le consommateur. Vous avez vu à travers mon parcours musical que je suis un peu difficile à définir de ce côté là aussi, n’ayant jamais arboré de look non plus.

Un peu de moi ?

Cette identité, c’est ce qui intéresse justement les marques, les sondeurs, pour nous mettre dans des cases. Cette identité transparaît justement dans les réseaux sociaux si on a le malheur de tout y mettre. Et s’il fallait définir ce qu’est un français, il faudrait demander plus vraisemblablement à Facebook et toutes les sociétés de profilage marketing qui récupèrent et revendent nos données. Avec le RGPD, on peut demander à récupérer nos données mais il manque la vision synthétique qu’on peut avoir de nous. Bien pire, il y a l’identité que l’on renvoie auprès des autres. Qu’elle soit dans la vie réelle ou dans cette vie numérique ultra-présente, elle est toujours surprenante et différente de ce que nous pensons, de ce que nous sommes. Il y a longtemps maintenant que je ne me soucie plus de ce que je renvoie, laissant aux rageux et jaloux ce qu’ils peuvent propager sur moi.

Mon identité, je la vois définie par mes actes au quotidien, mon passé, des choses intimes qu’aucun réseau social ou espion ne devrait pouvoir capter. Il y a de ce que j’ai cité mais il y a bien plus. Il y a des failles, des passions, des brisures, des succès. On en masque certains aux autres, de ces éléments, même à ceux qui sont tous près de nous, chaque jour. Car on ne connaît jamais totalement l’identité de l’autre. Qu’à cela ne tienne, est-ce toujours si important si on est suffisamment ouvert pour l’accepter ainsi. Je ne saurais donc moi-même définir cette identité, mon identité. Mon identité ne m’appartient pas vraiment. Elle tient beaucoup à votre vision à vous, comme celle que je peux avoir de toi, lecteur-commentateur.

11 réflexions au sujet de “Blog : A la recherche de l’Identité”

  1. Le terme « identité » est toujours à géométrie variable quand l’individu se trouve en prise directe avec la société. Je ne peux pas dire que « je suis moi-même » quand je suis tout seul dans mon coin que lorsque je suis avec ma famille, mes amis ou dans la rue entouré d’inconnus.

    Seul peut-être alors un Robinson Crusoé des temps modernes saurait se définir lui-même, si tant est qu’il soit en dehors de toute communication directe avec le monde qui l’entoure…

    Mais admettons que l’on parvienne à définir son identité, qu’advient-il ensuite ? Il s’agit plutôt de savoir ce que cela changerait à notre quotidien de savoir qui on est « vraiment » plutôt que de tourner autour du pot et de se demander si on est français, malien, yéménite ou péruvien quand les médias décident de remettre le sujet sur la table pour créer une polémique qui n’a pas lieue d’exister finalement.

    J’en suis progressivement venu à un mode de vie éclectique comme le tien Didier, à savoir que je ne m’identifie pas par rapport à ce que je possède mais par rapport à mes sensibilités et aux causes qui m’importent. Mais je comprends aussi que j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir sur cette longue route.

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