Blog : Bash or Cash ?

Pour tout te dire, lecteur/trice, j’avais commencé un tout autre billet, vu que j’étais en panne d’inspiration. Et puis ça vient comme une baffe dans ta gueule, l’inspiration, sans prévenir… Ok, un petit peu avec ce que l’on peut écouter ou voir.

J’ai été amusé par le traitement des élections russes dans les médias, qui mène très souvent au Russian bashing, à l’égal du Turkish Bashing et Chinese Bashing que l’on rencontre habituellement. Avec notre vision ethno-centrée et occidentalo-centrée, on n’essaye même pas de comprendre les spécificités historiques et culturelles des autres pays, en voulant mettre notre « démocratie » partout. Et puis on accuse les russes d’avoir manipulé à eux seuls le peuple américain pour faire élire Trump. Par contre, les Etats-unis, ce grand pays qui a tellement fait pour la démocratie en Amérique-du-sud par son influence larvée, a l’air d’avoir du mal à peser sur les élections russes, malgré tous les outils d’espionnage, d’infiltration, etc… Comme quoi, la vision simpliste c’est un peu à sens unique. Et il faut noter que les Russes ont un équivalent de Google, Yandex, et de Facebook, VK. Je vous passe l’équivalent de Copains d’avant…Mais justement, en parlant de Facebook, on nous en a sorti une bien bonne : L’affaire Cambridge Analytica.

Le Monde Diplomatique pointe Arte pour son manque de neutralité flagrant.

Mais si, vous savez, cette start-up qui, sous couvert de tests de personnalité, a pompé des tonnes de données via Facebook pour se faire une belle analyse et un beau carnet d’adresse de tous ces électeurs potentiels. Et comme l’actionnaire de cette boîte est un proche du si sympathique Steve Bannon, on a vite monté en épingle le truc, en faisant tomber les cours des actions, ces trucs si détachés de la réalité. Pas de Trump-Bashing, c’est trop facile. Mais la collecte des données, le nouveau sport de toutes nos sociétés, oui ! Tenez, dans la grande distribution, on a la zapette, la carte de fidélité et le drive pour ça. Je suis même persuadé que nos petites boxes internet qui font télévision et bientôt le café, sont capables d’envoyer des données comportementales si on le veut. En fait, pas besoin puisqu’on peut très bien tenir des stats de connexion et d’utilisation au niveau FAI quand on y réfléchit. Heureusement, nous n’en sommes pas là et ne sombrons pas dans la paranoïa.

Reste que Facebook reste friand de toutes ces « applications » d’apparence anodine et qui ont accès à toutes les données de nos profils. J’ai remis les pieds sur mon profil en sommeil pour regarder un peu ce que faisaient mes contacts…oh, tiens, des tests, justement. C’est fou, ça ! Au moins, ça servira peut-être de leçon. Mais on en rencontre aussi en dehors de Facebook et j’avais aussi parlé de cette application signée Google qui promet de donner quelque chose en échange de nos comportements. Bon, ça ne tuera qu’un peu plus l’ancien réseau star mais jamais définitivement, surtout qu’il a déjà des remplaçants de toute manière (Instagram, Snapchat….), y compris dans son giron. Zuckerberg a toujours su changer la formalisation de son réseau depuis l’origine jusqu’à aujourd’hui et investir judicieusement. Les marchés sont cons, on s’en fiche, Facebook oublie le secteur de l’information car trop risquée pour se recentrer sur son nouveau cœur de cible, les gens qui ont grandit avec. Twitter a bien fini par trouver un modèle économique viable… et retombera un jour aussi. Mais c’est bien le smartphone qui reste la star des mouchards. Pourtant, bientôt nous aurons aussi la voiture connectée avec non seulement une boite noire, mais la réplique d’un smartphone à l’intérieur. Cette collecte de données ira soit chez le constructeur, soit sera sous-traité comme déjà les accords passés avec des sociétés comme Google, Cisco, Tencent… le laissent penser. Et si justement Facebook lâche la presse dans sa nouvelle formule, celle-ci se venge dans une séquence de bashing alors que finalement ce n’est pas une découverte que cette utilisation des données.

En parlant voiture, il y a eu cet accident mortel avec un prototype de voiture autonome Uber. En fait c’est une Volvo (donc du groupe chinois Geely) avec du matériel assez proche de celui de chez Waymo (Google) dessus puisqu’Uber a versé 245 Millions de dollars pour ça. On a donc le dernier cri du capteur, il est 22h, dans une rue américaine, et une dame traverse hors des clous avec son vélo, débouche devant la voiture qui était en mode autonome. Aussitôt, on a donné dans le bashing technologique, jusqu’à un titre provocateur dans l’émission C dans l’air, la préférée des retraités. Que s’est-il passé ? L’enquête le dira mais forcément, la prudence impose d’examiner la programmation et les capteurs de tous les véhicules de ce type.

  • Première hypothèse : Les capteurs ne sont pas assez sensibles dans cet environnement lumineux malgré un probable recours aux infrarouges ou ont été trompés voire éblouis. Pour qui a déjà utilisé la vision nocturne, on sait que c’est compliqué de gérer les lumières urbaines, les zones d’ombre, etc. Imaginez pour programmer une détection. Et moi qui suis très sensible à la lumière, je fais particulièrement attention à l’éblouissement. On ne fait pas des unes sur tous les accidents nocturnes dans le monde. Ce qui est sûr, pa rapport à la vidéo diffusée par la police, c’est qu’un conducteur n’aurait pas évité un impact par rapport à la vitesse du véhicule. Et même, il y a une petite zone éclairée juste avant l’impact…
  • Deuxième hypothèse, la personne étant à côté du vélo, le véhicule et son ordinateur de bord ont pu avoir du mal à comprendre l’obstacle et sa réaction. Sachant que la priorité de la programmation reste la protection des passagers, si dans cette fraction de seconde il paraît plus « facile » de heurter un obstacle qui n’abîmera pas le véhicule que de l’éviter en heurtant autre chose, ça peut se comprendre. Reste qu’à 65km/h (40MpH), c’est déjà difficile d’éviter quelque chose la nuit. La vidéo confirme que la piétonne était peu visible de loin par rapport à la configuration de la route. Mais aussi qu’il y avait un excès de confiance du conducteur vis à vis de la technologie embarquée, car c’est un prototype.

Et puis je pensais à une expérience toute bête : Traverser un carrefour au Vietnam. La première fois qu’on arrive dans ce pays, on a tendance à attendre d’avoir une opportunité qui n’arrivera jamais avec le flot de motos. Et puis on comprend vite qu’il faut se lancer et marcher d’un pas régulier en comptant sur l’anticipation des conducteurs. Le moindre arrêt se paiera par l’accident ou l’engueulade, croyez-moi. Imaginez la même logique dans une machine et vous comprendrez le dilemme de programmation. Je reste persuadé que dans deux générations, nos petits enfants ne voudront même plus s’emmerder à conduire une voiture dans des villes complètement inadaptées à cela ou dans des routes blindées de contrôles en tous genres. Sachant que l’on a déjà des morceaux de voiture autonome dans les dernières voitures d’aujourd’hui, sans la gestion centralisée de ces aides. (détection de pluie, d’obscurité, lecture des vitesses maximales, alerte de franchissement, freinage automatique, régulation adaptative…) Il faudra juste pouvoir se le permettre financièrement. Cyniquement, je pense qu’il faut aussi ce genre d’accidents pour faire progresser l’intelligence artificielle qui sera embarquée. Pour la responsabilité juridique, en fait, c’est déjà traité par des cas comme les problèmes de capteurs d’airbag comme on en a eu avec l’affaire Takata. Sinon concernant l’Autopilot de Tesla, le constructeur a été blanchi par les experts de la NHTSA, compte tenu que ce n’était pas une voiture totalement autonome (le niveau 5 encore inédit). Là aussi, c’était un excès de confiance dans l’autonomie supposée. Le transport aérien a progressé ainsi avec des sécurités doublées ou triplées et des cas de figure multipliés dans les pilotages automatiques. Là aussi, il y a eu collecte de données, mais à bon escient.

Et puis cette « autonomie » relative que l’on gagnera dans un transport individuel pourrait nous permettre d’envisager les voyages autrement, de ne plus avoir ce moment de stress avec les enfants qui chahutent à l’arrière ou dans le wagon, de communiquer plus facilement tout en restant dans son cocon familial, par exemple. Enfin ça, c’est la théorie, car c’est déjà mal barré à la maison ou au bureau. Je vois cela à travers cette mode du Flex-Office auquel je consacrerai un article entier prochainement. On pensait recréer du lien entre les gens dans d’immenses open-spaces, c’est le contraire qui se produit avec l’impression de robots qui s’isolent les uns des autres et qui parfois se croisent dans les espaces « détente ». Le but est évidemment de gagner de la place en mettant moins de bureaux que de personnes, donc du Cash! On dépersonnalise l’espace bureau qui pouvait être une sorte de seconde maison, on délocalise le document de force en ligne. Sauf que pour trop de personnes, ce n’est pas naturel, c’est anxiogène, déprimant. On n’est même plus en contact direct avec sa hiérarchie qui est elle-aussi, quelque part dans l’open-space ou dans une salle de réunion. On finit par communiquer en ligne, par Skype ou en tchat. Pour celui qui n’est pas assez autonome, c’est la « mort » assurée. Un peu comme celui qui a décidé que le Travail à distance était l’avenir (Le boulanger et le plombier apprécieront), c’est bien un type du tertiaire qui a pensé au Flex-Office…sauf que pas de chance, il y a encore de l’industrie.

Et puis je continue d’observer la mise en place du Yammer dans ma boîte, qui n’intéresse que les gens du tertiaire, finalement. J’y trouve quand même des choses intéressantes en dehors de mon domaine d’activité car il y a de rares secteurs qui l’utilisent efficacement. Mais ce sont des gens déjà habitués à fonctionner en transversal, avec de multiples applications du même genre. Pour les gens de terrain que je croise, ça reste une lubie hors de propos, un gadget. Comme quoi, la collectivité n’est pas une somme d’autonomies. Et l’espèce humaine a besoin d’interactions. Elle en a besoin notamment avec d’autres espèces qu’elle qualifie souvent de nuisibles pourtant. Résultat, on voit disparaître des espèces comme le Rhinocéros Blanc … mais aussi les oiseaux des campagnes. Nicolas Hulot à raison de dire que tout le monde se fout de la biodiversité, malheureusement. Avec le printemps, je me délecte de retrouver le chant des oiseaux pour briser le silence du matin. Et pourtant je ne vois plus autant de mes amis ailés. L’autre jour, quelques moineaux, parfois un rouge-gorge et pourtant ce n’est pas faute d’avoir des arbres, de la nourriture pour eux. Mais entre les pesticides qui les tuent indirectement en les empêchant de manger, le réchauffement climatique, la destruction des haies et forêts, la chasse, il ne fait pas bon voler dans nos espaces. J’entends aussi qu’il y aurait plus des rats à Paris et pourtant, ils servent à quelque chose et c’est surtout à cause des crues qu’ils sont visibles. Mais on aime rendre d’autres espèces responsables de nos maux.

Allez, un peu de douceur (… de vivre ? ) pour terminer.

https://www.youtube.com/watch?v=VaoCX_T22SI

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