Géopolitique : Le gaz méditerranéen, nouvelle étincelle du moyen-orient?

Il y a trois ans, lorsque l’Egypte a racheté les anciennes frégates russes que la France cherchait à revendre, il y avait une nette volonté de ce pays de pouvoir se défendre en Méditerranée… surtout quand l’Egypte et Israël se disputaient des gisements de gaz essentiellement, aux contours mal définis. Mais voilà que des explorations pourraient mettre le feu aux poudres.

Le problème de base entre Israël et Égypte vient de la reconnaissance des frontières suite à la guerre des six jours. De ce fait, les eaux territoriales ne sont pas acceptées par les deux pays. Et lorsque l’on découvre un gisement au large de la bande de Gaza, donc territoire palestinien, il y a conflit territorial additionné d’un appât du gain. En effet, énergétiquement, Israël est extrêmement dépendant d’apports extérieurs, et voit un grand intérêt à pouvoir s’approvisionner dans ses propres eaux. Le gisement de Marine est en exploration depuis les années 2000. Mais en 2015, les italiens d’ENI découvrent un gigantesque gisement baptisé Zhor, dans les eaux territoriales égyptiennes. Il s’agit d’un potentiel de 30 000 milliards de m3 de gaz, soit 500 fois ce que possède Israël dans ses eaux.

carte : https://www.lesclesdumoyenorient.com

Mais Israël revendique une partie de ce gisement dont les contours sont mal définis et pourraient passer dans ses eaux territoriales. Mais de la même manière, le gisement Leviathan, le plus important d’Israël, est aussi convoité par le Liban, qui n’avait pas lancé d’exploration dans ses eaux, pendant longtemps. Les sous-sols des mers ne regardent pas les frontières et tout cela représente ce qu’on appelle le bassin du Levant. Du côté de Chypre, l’île la plus proche de ces zones, il y a aussi des gisements très riches, qui assurent aussi la prospérité de cet état. Du côté Israëlo-Libanais, il y a toujours un conflit de frontière. Mais depuis 2010 (découverte de Leviathan) c’est aussi l’escalade des mots et des intimidations militaires pour l’exploitation de ce gisement.

En Février 2018, Israël a émis de vives protestations contre des explorations libanaises. La « ligne bleue » (voir ci dessus) est le compromis des Nations unies pour définir la frontière terrestre entre les deux états. D’elle dépend évidemment le tracé des frontières maritimes. Mais ce sont Total, Eni et le russe Novatek qui ont été autorisés par le Liban a exploré la zone, en décembre 2017. La revendication israélienne est que le territoire exploré (baptisé zone 9) est dans sa zone maritime.

Et côté libanais, le Hezbollah se dit évidemment prêt à défendre cette frontière, ce qui ne fait qu’attiser un peu plus les tensions du très droitier ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman. Chypre et son gisement Aphrodite ne sont pas encore rentrés dans ce jeu dangereux mais il y a fort à parier que de nouvelles explorations risquent de donner lieu à des découvertes qui attiseront les tensions. Reste à savoir aussi quel jeu joueront les états du golfe qui ont aussi beaucoup à perdre dans ces découvertes. Les saoudiens, les émiratis et les quataris jouant de plus en plus des partitions solo, il est très difficile de savoir s’ils auraient un rôle actif dans un nouveau conflit. L’Égypte s’était rapproché des quataris tandis qu’Israel et Arabie Saoudite semblaient trouver un terrain d’entente. Le cynisme des affairistes des milieux pétroliers et militaires fera sans doute le reste pour calmer ou envenimer les choses.

 

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