Cinéma : Downsizing d’Alexander Payne (2018)

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un film qui ne m’a pas totalement satisfait mais dont le sujet est intéressant. Et si la solution à la surpopulation humaine était de diminuer l’humanité par 150 ? 

Non pas de tuer les gens mais juste les diminuer en taille. Oui, ça nous fait de l’humain de 12cm mais ça fait aussi des déchets réduits d’autant, une habitation de la même manière, des besoins énergétiques moindre. Cette utopie, on la doit à Jim Taylor et Alexander Payne (The Descendants). On y suit un américain moyen, joué par Matt Damon (Paul Safranek) qui choisit un jour, accablé par les dettes et le coût de la vie, de « diminuer ». L’invention a été faite quelques années plus tôt par deux chercheurs norvégiens et des « villes » se sont construites un peu partout pour commencer à « sauver le monde ». Enfin ça c’est le message marketing mais Paul va découvrir bien autre chose sur la nature humaine…. à commencer par sa femme qui ne le suit pas dans l’aventure. Il croise un certain Dusan Mirkovic (jubilatoire Christop Waltz), richissime trafiquant adepte de fêtes orgiesque, mais aussi Ngoc Lan Tran (caricaturale Hong Chau) une réfugiée vietnamienne.

Le film est plutôt moyen, sans être raté, à cause de quelques caricatures et de sa construction mais en même temps, il fallait cela pour faire passer un propos complexe dans un format hollywoodien. Ce film ne va pas me réconcilier avec la nature humaine, c’est sûr. Sans vous révéler la fin, on va résumer par : « On va tous mourir, il est déjà trop tard ». Comme la bande annonce le laissait présager, il y a deux films en un. C’est classé comédie dramatique mais l’aspect comédie disparaît assez vite. On y a droit dans la première partie jusqu’à l’arrivée de Paul dans Leisure Land (l’utopie de la civilisation des loisirs!), la ville miniature. Il se pose pourtant déjà des questions sur l’avenir de l’homme (pas trop) mais surtout sur son propre avenir. Ce coté égocentrique est le fil conducteur du film (la décision de Paul? de sa femme ? Dusan ? ). C’est comme si Payne rappelait que l’homme finit toujours par penser à lui même. On commence à le sentir un peu plus dès l’arrivée de Paul où un habitant lui dit que le coté protection de la terre, il s’en …. Et paradoxalement, la bonne question était posée par le mec bourré quelques minutes avant. On divise la société des hommes au lieu de la réunir et on finit par les opposer les uns les autres. Il y a ceux qui peuvent se permettre la miniaturisation (pas de prothèses, par de pacemaker, de l’argent, une mutuelle) et ceux qui ne peuvent pas. On en voit ensuite les dérives quand les dictatures miniaturisent leurs opposants. (Payne n’a pas l’air très pro-israelien…). Et puis finalement, dans cette ville voulue idéale et qui semble réunir toutes les éthnies, religions, on retrouve une Amérique miniature avec les mêmes défauts et qualités.

Evidemment, on retrouve deux thèmes en vogue : Surpopulation et Transhumanisme ( ici une sélection par l’argent pour refonder l’humanité). On voit aussi une frontière se créer avec un mur qui rappelle une lubie d’un président bien réel. Et puis on ne peut éviter l’aspect sectaire du concept de refondation, la sélection qui paraît arbitraire mais pas tant que ça (adhésion à une sorte de religion ?). Curieusement, le modèle paraît être une société nordique (les voitures électriques de Leisure Land sont d’ailleurs des Think City), comme si justement le réalisateur souhaitait opposer le capitalisme sauvage et le libéralisme de leisure land à un modèle plus social venu du nord de l’Europe. On voit aussi une sorte de collectivisation des biens dans ce que fait la réfugiée vietnamienne, paradoxe pour celle qui fuit une dictature communiste qui a bien dérivé. Tous ces éléments donnent une certaine richesse au film mais il manque d’homogénéité. Le pessimisme qui en ressort dérange, c’est sûr et c’est peut-être en cela qu’il rate sa cible. Et pourtant, il pourrait aisément devenir culte dans le sens où l’on parle beaucoup d’expériences sociales, de micro-communautés et d’altermondialisme. J’ai tendance à penser qu’il y a du vrai là dedans mais Payne le pense sans doute aussi comme un signal d’alarme.

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Le spectateur qui s’attendait à une comédie du même tonneau que « Chérie j’ai rétréci les gosses » risque de déchanter en quelques minutes. On ne s’ennuie pas mais on ressort avec un goût d’inachevé. A vous de voir…