Blog : Fin du début ou début de la fin?

Cela fait environ 2 mois que j’ai relancé un compte twitter plus quelques autres réseaux et j’avais à coeur de voir ce que ça devenait, ce que j’en ferai encore. Une expérience que je savais limitée et mes petites vacances ont été l’occasion de réfléchir plus posément mais pas qu’à cela.

Je dois dire que twitter a un peu changé avec l’arrivée de plus de 140 caractères mais comme le reste du net, c’est affreusement morcelé. Les sujets chauds du moment continuent d’enflammer les extrèmes et les égocentriques (pas tant que ça quand on voit les scores minables du toptweet français non sponsorisé) pendant qu’on trouve des choses intéressantes ailleurs en cherchant. J’ai pris ce que j’avais à prendre pour me conforter dans quelques idées sur les sujets que je voulais aborder (rendez-vous Lundi). C’était intéressant de suivre la crise iranienne un peu plus de l’intérieur mais c’est aussi un trompe l’oeil très dangereux si on n’y prend pas garde (je ne maîtrise pas le farsi). Je laisse le compte ouvert mais il sera un zombie de plus dans cet océan de bots. Le flux d’information que Tweeter représente est devenu pollué justement par la robotisation qui fait voir le même tweet 4 fois par jour, 7 jours par semaine. Déjà le flux RSS commence à m’exaspérer pour ce qui est de l’information avec des sujets « top5″/ »les 10 meilleurs »…

De simples titres de dépêches me suffiraient mais même ça, c’est mal fait. Je préfère prendre le temps, avoir le recul, laisser les esprits se calmer et ne lire que des titres de presse qui privilégient la profondeur, prennent le temps de l’analyse. J’ai du mal à trouver mais j’en trouve qui ne sont pas trop orientés et ont le mérite d’une certaine pluralité de points de vue. Autant dire qu’à coté de ça, Facebook n’a plus aucun intérêt pour moi, sinon faire acte de présence et garder un contact avec 2/3 personnes. Il n’y a plus aucune addiction à craindre et c’est même un repoussoir pour moi de voir les photos personelles des trentenaires/quadras qui fréquentent encore le truc. Pour Instagram c’est plus complexe car j’aime contempler les photos professionnelles (information mais aussi artistique, naturaliste…) mais je ne supporte pas tout ce narcissisme malsain, cette course au like qui en fait un prolongement du Facebook originel (à qui il appartient, comme par hasard…). Bref, là aussi je fais acte de présence et je reste plus sur mon vieux Flickr, un peu déserté. C’est important de garder le coup d’oeil, d’apprendre par les autres, surtout qu’il y a toujours eu ces sortes de forums dans les groupes.

J’ai pris le temps de réfléchir à tout ça donc et à revenir de manière plus drastique à ce que je faisais l’année dernière, le NoSocial. Il y a une différence, toutefois : J’ai viré les likes/étoiles/j’aime. C’est ce qui m’a déplu depuis leur apparition et si ça flatte, c’est la mort de toute communication. Alors si je dis qu’il ne faut pas le faire, autant être cohérent et ne pas le faire chez soi. Parfois j’utilise ça pour une « sauvegarde », pour réutiliser l’idée, répondre. Mais dorénavant, c’est un commentaire ou rien. J’ai bien constaté, en effet, cette propension à « liker » sans lire que l’on a tous au bout d’un moment. C’est pour dire « je t’ai lu », ou simplement le faire en retour ou attendre la même chose en retour. Je dis sans lire car on survole, on ne se concentre pas. J’ai reçu déjà des petits coeurs du zozios bleu sans avoir la moindre lecture en provenance de ce réseau ou le moindre clic en lien… Pour mettre un commentaire, ça demande déjà de lire un peu plus attentivement, donc de faire un effort intellectuel, de prendre du recul, de relire. Je déplore, après réflexion, que certains de mes collègues fassent le choix de déporter le commentaire ailleurs qu’en dessous de l’article mais ce choix est aussi un peu inhérent au moteur du site. Au fur et à mesure, les gens ne créent plus le sujet concernant l’article concerné sur la plateforme choisie et ne commentent plus. On tue la communication à petit feu alors que nous n’avons jamais été aussi nombreux sur le réseau des réseaux. Le début de la fin?

..la fin du début. De cette manière, je repense aussi la fonction même du mobile multifonction (ndlr : le smartphone, faut suivre les recommandations de l’académie voyons!). Si je peine à trouver un clavier qui ne m’espionne pas et qui soit efficace (j’y reviendrai), je ne peine pas à restreindre les applications à l’essentiel, à de l’utilitaire et moins à du loisir. Il peut toujours m’arriver de lancer une vidéo youtube mais c’est rare. Un peu de jeu vidéo mais c’est moins ma période. Aucune application sociale, aucune notification, aucun push. Je peux lire des livres, écouter de la musique, regarder un film, me diriger, écrire, faire de la photo et ça me paraît déjà beaucoup pour un seul cerveau dans une journée. La programmation de la coupure du réseau est une invention géniale aussi sur mon Redmi4A. A chacun de se demander s’il a besoin d’être joint urgemment à certaines heures lorsqu’il y a encore un fixe et les mails.

Cette décroissance numérique est salvataire. Relever le nez de cet outil, retrouver le goût d’un bracelet montre pour l’heure, retrouver le goût du stylo et du feutre, du crayon à papier sur une délicate feuille. Je retrouve peu à peu des réflexes et j’espère que mes progrès se verront sur la BD (rendez vous le 20 février 13 février pour la suite), sachant qu’il s’écoule quelques semaines entre le dessin et la parution. Rien que cette activité me fait voir la BD à nouveau autrement, en cherchant moi même le sujet, la suite, en travaillant la mise en scène. Je suis toujours lecteur mais c’est un peu différent d’être de l’autre coté. C’est différent de l’écriture aussi où l’on se fixe des chapitres, une structure mais où il y a une magie avec les mots. Ici, il faut avoir plutôt une vision de cinéaste pour la découpe de l’image. Je suis sûrement maladroit dans ce premier jet mais ça fait aussi partie de l’histoire dans l’histoire. Enfin vous verrez… Je viens de lire « Les Ignorants » de Davodeau et je me suis bien retrouvé dedans.

La décroissance numérique n’en prend pas le chemin. Sony, n’osant pas avouer son échec sur le domaine, parle de travailler à l’après smartphone. Et pendant ce temps là on nous bâtit un monde « sans fake news ». En réalité, c’est une nouvelle censure qui s’installe. Elle fait appel à des rédactions de journaux mais on sait que ces mêmes journaux appartiennent aux grands groupes. Alors que croyez vous qu’il se passera à force? Et puis sinon on pense qu’il faut demander à l’utilisateur de faire son propre jugement sur les sources d’informations. Si je prends l’exemple français de Valeurs Actuelles qui a vu son lectorat exploser, il va y avoir beaucoup de gens pour dire que c’est une source fiable. On sait pourtant que ce périodique a été pris souvent à diffuser de fausses informations. Récemment, un journal comme Marianne a diffusé de fausses informations sur des gens comme Pascal Boniface ou le comique Yassine Belattar, soutenus par deux ou trois politiciens influents. On trouvera des exemples de chaque coté de l’échiquier politique et des institutions comme Le Monde ou le New York Times ne sont pas forcément à prendre toujours pour argent comptant, justement pour les raisons vues plus haut. Il faut se souvenir de l’après 11 septembre, par exemple où j’avais le malheur de lire la presse US dans le texte à cette époque. La majorité n’est pas forcément gage de crédibilité.

Si je ne suis décidément pas la majorité, autant dans le comportement que dans l’information, ce n’est pas par narcissime ou égocentrisme. Je parlais la semaine dernière de cette bulle de confort dans laquelle on s’installe. La vie se charge de nous mettre le couteau sous la gorge pour ne pas qu’on puisse se poser un instant. On tombe alors dans la routine, dans une spirale qui nous emporte. Quand les problèmes de santé se succèdent, accompagnés de différentes pannes et casses, on n’a pas vraiment le temps de réfléchir à ce que l’on fait. On cherche même des échappatoires des plus faciles, des petites drogues du quotidien, qu’elles soient ludiques ou informatives ou simplement un loisir débilitant. Je voyais une émission sur la télé des années 80 lorsqu’il y a eu une tentative d’apporter de la culture, avant de sombrer littéralement dans les années frics. On a alors sorti beaucoup de monde de sa zone de confort, demandant trop d’investissement au téléspectateur par rapport à ses variétés habituelles. Et on ne peut le faire aussi brutalement que s’il y a prise de conscience. Sans cela, c’est un apprentissage, comme je l’ai eu par moi même sur différents styles musicaux… Transition toute trouvée pour la conclusion musicale qui s’impose :

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