BD : Les Passagers du vent de Bourgeon (1979)

C’est l’histoire d’un rendez-vous manqué, le mien avec cet auteur. J’ai tout fait à l’envers et j’aurai certainement dû commencer par ce qui l’a rendu célèbre : Les Passagers du vent..

Pour ma petite histoire à moi, j’ai découvert Bourgeon avec la parution du cycle de Cyann dans (A suivre..). J’ai moyennement accroché à l’histoire mais beaucoup au dessin. Et puis j’ai lu les 3 tomes des Compagnons du crépuscule, qui correspondent à ma période plus Heroic Fantasy. Dans cette histoire prometteuse, j’ai eu le sentiment que Bourgeon avait bâclé la fin pour remplir un contrat. Il est vrai aussi qu’il a des histoires houleuses avec les éditeurs. Et puis j’ai emprunté à ma bibliothèque, il y a très longtemps, le premier opus des Passagers du vent. J’avais apprécié mais je n’avais pas pu lire immédiatement la suite et ça s’est arrêté là. Je suis retombé sur des exemplaires de la suite, écrite dans les années 2010, et je me suis dit alors qu’il fallait que je lise enfin ce qu’on considère comme son chef d’oeuvre. Avant ça, j’ai fini le cycle de Cyann que je trouve encore très inégal pour son incursion dans la science fiction, le space-opera, tout en reconnaissant de vrais moments de grâce, un univers très riche. Mais passons à ce qui nous intéresse…

Les Passagers du vent est une saga en 5 épisodes qui emmène la belle Isabeau (Isa) sur un bateau vers les caraïbes, en Angleterre, puis en Afrique sur un navire négrier, le tout au 18ème siècle. Elle est suivie par son « amoureux », Hoel, un gabier rencontré sur le premier tome, puis croise d’autres personnages qui l’accompagnent dans son destin rocambolesque. C’est donc une aventure historique, maritime essentiellement, qui n’est pas dans l’apogée de la piraterie, d’ailleurs mais qui est très documentée justement pour rendre crédible la vie de cette époque.

Il y a des constantes chez Bourgeon :

  • L’héroïne, belle et rebelle d’abord, ce qu’on retrouve chez beaucoup depuis.
  • L’érotisme ensuite, là encore très présent dans la BD des années 70 avec même un coté très libéré et libertin. Il avait tendance à devenir trop systématique dans d’autres de ses oeuvres.
  • La richesse de l’univers qui va jusqu’à des détails insoupçonnés, dont la langue. C’est aussi une BD où le texte est très présent, bien plus qu’aujourd’hui dans les derniers épisodes et dans la BD en général.
  •   Et la description est si précise qu’elle n’oublie pas la violence de cette époque, tant sur les bateaux que dans l’esclavagisme. Encore que, sur ce point, je le trouve presque doux.

Sur les points négatifs, je le trouve moins à l’aise sur les visages que sur tout le reste. Les décors sont magnifiques mais les attitudes de certains visages sont étranges, presque moches parfois. C’est toujours le cas sur Cyann mais moins sur le « reboot » de cette saga où il modernise son dessin. La découpe des épisodes n’est pas toujours équilibrée. Sur les compagnons du crépuscule, il y avait ça aussi avec un gros premier tome. Ici c’est plus le format 48 ou 70 pages imposés qui pose parfois problème. On a même une histoire coupée vraiment en deux tome.

Mais cette fois, la magie a pris le dessus pour cette saga. Du moins les 5 premiers épisodes où je n’ai pas pu lâcher ça avant la fin. En un week-end, j’avais tout lu et je me suis empressé d’aller prendre la suite. Le scénario des 3 premiers tome est remarquable avec du rebondissement, du suspens même quand il dévoile volontairement des éléments. Comme à chaque fois, son héroïne est imparfaite, imbue de sa personne, manipulatrice même. Et c’est justement ça qui en fait tout le sel par rapport à un personnage lisse. Hoel finit par disparaître totalement, d’ailleurs, comme beaucoup de mâles de cette saga. Et j’aurais presque voulu qu’il intercale des épisodes entre les tomes originaux, plutôt que de partir dans la guerre de sécession pour…rajouter une suite à son personnage initial. La Zabo de ce reboot a pourtant tout d’une héroïne « Bourgeonnesque ».

Bref, une oeuvre indispensable dans l’histoire de la BD et qui a beaucoup inspiré, jusqu’à nos jours.