Cinéma : Confident Royal de Stephen Frears (2017)

Stephen Frears est un des cinéastes britanniques auxquel je suis fidèle d’années en années. Il ne cesse de me surprendre par la diversité de ces sujets et toujours avec cet humour anglais, même dans des sujets graves. Le voilà qui fait découvrir l’histoire vraie de Mohammed Abdul Karim.

Ce n’est que tardivement que l’existence de cet homme a été révélée. Ce musulman indien est devenu le « confident » de la grande reine Victoria, celle dont le règne a fait de l’empire britannique la première puissance du monde. Mais sur ses 63 années de règne, on sait moins qu’elle fut proche de ce « munshi » pendant près de 15 ans. Frears nous fait découvrir ce véritable choc des cultures entre l’austère et autoritaire reine et le jeune indien érudit. Celui qui n’était qu’un secrétaire dans une prison est choisi un peu par hasard pour offrir un cadeau à la souveraine lors de son jubilé. Accompagné de Mohamed Buksh, il part pour l’Angleterre après une formation expresse en bonnes manières et protocole. C’est un véritable coup de foudre qui se produit entre cette vieille dame solitaire et ce jeune homme curieux.

Même dans les drames, Frears a toujours glissé de l’humour typiquement anglais. Ici, il utilise avec intelligence le « buddy movie » avec ces deux indiens que le physique oppose. La sagesse n’est pas toujours où on le croit. Depuis My Beautiful Laundrette, on sait que le réalisateur s’intéresse au sous-continent indien et sa relation avec l’Angleterre. La royauté ne lui fait pas peur (The Queen) ni le mélodrame (Philomena). Ici, il trouve avec Judi Dench une reine Victoria particulièrement expressive et touchante. Ali Fazal incarne le candide de l’histoire et on retrouve d’excellents seconds rôles, comme Eddie Izzard, Tim Piggot-Smith, Fenella Woolgar ou Simon Callow. La reconstitution est, comme toujours chez Frears, très esthétique. La mise en scène permet d’avoir un film très équilibré et sans ennui.

Après, reste l’histoire et la manière de présenter certains éléments historiques ou géographiques, voir religieux. Je ne connaissais pas cette histoire avant le film, pourtant j’ai été surpris de voir la belle mère et la femme d’Abdul Karim en Burqa. En effet, ce type de tenue est plus courante en Afghanistan ou au Pakistan, surtout depuis ces dernières années. Il a une origine tribale mais surtout il n’était pas noir comme ici. On a donc une interprétation du cinéaste qui accentue ainsi le trait et essaye de faire comprendre qu’en quelque sorte, la Burqa ne fait pas la religieuse. Il y a d’autres libertés prises ainsi pour des considérations esthétiques et pour faire passer un message de compréhension entre les religions et les peuples. L’autre élément qui me dérange est le fait que la Reine Victoria passe pour une aimable vieille dame qui s’amuse à conquérir le monde sans en percevoir les conséquences sur ses sujets. Le colonialisme de cette période n’est visiblement pas le sujet retenu par Frears.

Reste tout de même un film efficace et qui m’a donné envie d’en savoir plus sur ce Mohammed Abdul Karim, ou cette fin de l’ère victorienne. Je me délectais des interventions de Buksh qui voit dans ces anglais des barbares incultes, tout comme les anglais ne voient les indiens que comme des sauvages. La mission du film était finalement celle là : Ne pas mettre une culture au dessus d’une autre et aller au delà des à priori.

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