Blog : Ma guerre des mondes

Ce doit-être notre époque, sans doute, mais j’ai très mal vécu cette dernière semaine, ces surenchères médiatiques et ces récupérations à n’en plus finir, cette absence de mesure dans l’utilisation des symboles et surtout la monopolisation de la parole qui en découle, comme si tout le monde devait en être… de ce monde.

Je ne voulais pas écrire à chaud, sortir cet article trop tôt mais il fallait que ça existe. D’abord D’Ormesson… Je n’ai jamais porté cet auteur dans mon cœur, déjà par son positionnement politique, ces déclarations de réactionnaires et la petite cour qu’il se constituait par son incontestable séduction d’aristocrate littéraire. Voilà un auteur absolument ignoré en dehors de France, qui n’a vendu que tardivement quand les médias se sont intéressés au personnage. Ah le pouvoir de la télévision, d’Apostrophe, notamment. Mais bon, admettons qu’il soit injustement ignoré, que j’ai raté l’essayiste ou le philosophe qu’il voulait être. Y avait-il besoin de faire une cérémonie aux Invalides? Les Invalides, ça a pour moi un sens très profond. C’est un lieu chargé d’histoire et qu’est-ce qui justifie un hommage national pour cet homme qui n’a pas fait grand chose pour son pays, en tout cas n’est pas « mort pour la France »? Apôtre dit-on… académicien. La langue française décroit, est mal lue et un apôtre aurait du prévoir, par parler au passé.Il est, était, à l’image de ces mondains du monde littéraire qu’on ne voit jamais sur le terrain, dans la vie réelle, se confronter, bâtir quelque chose. L’hommage fut beau, c’est sûr, mais pouvait il en être autrement par une personne du même monde, de son propre monde.

Ce président, justement, a fait dans ce qu’il aime dénoncer chez les autres, le populisme, ce mot absurde et vide de sens aujourd’hui mais que je réutilise ici. Je l’utilise pour ses galimatias sur Johnny, cet hommage qui veut le rapprocher du peuple (aux antipodes de D’ormesson en apparence) mais qui l’ignore, en le vendant même à une société de moto états-unienne et en utilisant nos impôts pour cela. Peut-on parler ici d’idiosyncrasie? Certes non mais nous étions bien la journée de la laïcité quand la star belge a été célébrée par un président dans une église, très loin de la loi de 1905. Nous étions bien avec un prêtre qui a d’abord parlé aux dirigeants venus en masse, plutôt qu’à la famille ou aux fans épleurés. Pendant une semaine, j’ai du faire le deuil de toutes les sources d’information française. Tout était dans l’exubérance. On a parlé de funérailles nationales, de Panthéon, de patrouille de France, …. pour finir dans un paradis fiscal. J’ai regardé quelques minutes, entendus mais j’étais plutôt du coté de Jacques Dutronc, absent. Je ne goute pas de ces bals des faux-culs, venus ramasser un morceau de cadavre pour dire « j’y étais ». Qu’il soit populaire, soit… Mais cela reste un chanteur. Le meilleur hommage à rendre à un chanteur, c’est de le faire vivre par la musique. J’ai souvenir de l’hommage à Freddie Mercury, une portée immense, mondiale elle, et j’étais en Angleterre à ce moment. Cela n’avait rien à voir. Non, désolé, Johnny Hallyday n’était pas Victor Hugo ou Jean Moulin, ni même Michael Jackson. Ce n’est pas une affaire de goût mais juste d’importance dans la vie d’un pays, son histoire, dans un rayonnement culturel.

Hasard de l’histoire, cette année on célébrait la mort d’Elvis, 40 ans. Le king (dont Johnny n’était qu’une copie au départ) n’a jamais eu de défilé sur la 5ème avenue ou à Washington. Il n’a pas eu un président dans une église. Et pourtant, on connaît le lien des états-uniens avec l’église ou le sens de la démesure. Aussi, lorsque je vois ces deux cérémonies à quelques jours d’intervalle, je me dis que nous avons perdu le fil quelque part, que l’on ne sait plus donner de l’importance aux bonnes choses. Il y a un an je parlais de ma jeunesse qui mourrait avec des décès.  Il en va ainsi dans la vie mais a-t-on besoin de ces cérémonies croquignolesques d’un pouvoir à la dérive? Est-ce cela que l’on veut enseigner aussi ? Je donne trop de sens au fond par rapport à la forme pour pouvoir accepter ce genre de choses. Je ne peux pas me reconnaître dans ce tohu-bohu médiatique qui renvoie une image poussiéreuse de la France.

Ca fait une semaine que j’ai relancé un compte Twitter, comme une expérience, et très honnêtement, cela ne m’a pas forcément beaucoup sinon de me remettre en liaison avec quelques sommités . Oui, je me suis remis en phase avec une autre réalité et j’avais véritablement l’impression de deux mondes distincts. Il y a ceux qui voient la réalité de ce monde, savent ce qui s’y passe, ont le sens de la mesure et de la valeur des choses. Ils sont nombreux heureusement, mais se font parfois contaminer par cet autre monde, celui de l’excès, celui de la poudre de perlimpinpin, du paraître plutôt que l’être. Et c’est moi, l’utopiste, le rêveur qui me résout à dire cela, finalement. Voilà, c’était sans doute une brève incursion dans ce monde parallèle et cybernétique, même si cette fois, je garderai le compte ouvert. Ca sera un peu comme le miroir d’Alice, une porte vers un autre monde.