Blog : La Bataille des clichés

« Le sport ce n’est pas pour les femmes », « dans les banlieues, ils n’ont pas le niveau »,  « les homosexuels sont des malades » …. : Autant de clichés et idées puantes qui continuent d’avoir cours, et de tuer. A travers deux films sortis cette semaine, il y a moyen de les battre en brèche. 

Les distributeurs de « Battle of the Sexes » n’avaient sans doute pas prévu l’affaire Weinstein et toute l’actualité autour des droits des femmes. C’est une ‘excellente surprise que ce film réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris, racontant une histoire vraie : La rencontre de tennis ayant opposé Billie Jean King, numéro 1 mondiale en 1973 à l’ancien champion Bobby Riggs (Steve Carell). Il faut remettre dans le contexte de l’époque. Les femmes touchent 8 fois moins de primes que les hommes et Billie Jean King (Emma Stone) monte au créneau face à l’infâme Jack Kramer (Bill Pullman), le promoteur des circuits pro US. Elle va fonder avec l’aide de Gladys Heldman un tour pro féminin, d’abord nommé Virginia Slims (le tabac, encore et toujours…) avant de devenir la WTA que l’on connaît aujourd’hui. Bobby Riggs, ancien champion, drogué des paris, va trouver l’occasion de refaire parler de lui et empocher un pactole en montant un match exhibition face à la championne. Et Billie Jean, femme mariée, rencontre une jeune coiffeuse dont elle tombe amoureuse.

Le film est réussi, bien plus que tous les biopics que j’ai pu voir cette année, servi par un excellent casting et surtout une très bonne mise en scène. Mais je ne vais pas plus m’étendre, sinon dire que je ne suis pas fan de tennis. Il faut aller au delà et réfléchir à ce qui s’est passé il y a seulement 44 ans! Aujourd’hui, les primes de match du tennis féminin ont augmenté mais restent globalement en deçà de celles des hommes. Régulièrement, le même débat revient avec des joueurs et dirigeants qui ont exactement le même discours que Kramer en 1973. Les contrats de sponsoring sont aussi moins importants et la recherche du glamour des années 90-2000 montre aussi le sexisme de ce monde. On peut se souvenir que Mary Pierce avait du mal à réunir des sponsors car jugée moins séduisante que d’autres qui gagnaient pourtant moins de matchs qu’elle. Combien de critiques a-t-on entendu sur le physique des soeurs Williams dont le palmarès époustouflant a pourtant attiré des sponsors. En comparaison, nous n’entendons pas les mêmes commentaires sur les joueurs hommes et le corps n’est pas mis autant en avant non plus.

Le sport dans son ensemble est un milieu où l’on voit le retard criant de la société concernant le droit des femmes. Je m’étonne encore aujourd’hui que les tenues au tennis, mais aussi en athlétisme (un sport que je connais mieux) soient aussi tendancieuses, comme s’il fallait s’exhiber quand on est une femme, moins quand on est un homme. Une surfeuse a dénoncé récemment  les tenues « sexy » qu’on veut imposer dans le sponsoring. On entend encore des commentaires douteux dans les retransmissions de patinage artistique, etc… Dans le film, on peut penser que Riggs joue la provocation par son machisme exacerbé mais on voit bien que des supporter prennent bien ça au premier degré. A méditer. …Les gains, les primes sont très inférieurs et parfois le professionnalisme est apparu tardivement (dans le football en France par exemple cela date vraiment des années 2000). Et l’accès à tous les sports reste aussi problématique. En sports mécaniques, c’est plus que caricatural : Pour une Michèle Mouton et une Danica Patrick, il y a peu d’autres pilotes qui ont accès au meilleur matériel. On continue à dire que les versions féminines sont moins intéressantes car moins « rapides », « physiques », oubliant que le sport c’est aussi autre chose. Alors c’est aussi là que je me dissocie du sport de haut niveau, devenue une course à la puissance à travers des préparations plus que douteuses et qui finissent par détériorer le corps. Mais je prends bien plus de plaisir à voir de la technicité et du collectif en foot féminin que voir des comédiens gominés se donner des tacles. Question de goût? C’est un peu comme l’école de la musculation à outrance en sprint face à la technicité de la foulée. Quant au sujet de l’homosexualité, il est traité de manière presque secondaire dans le film, mais ne peut faire oublier qu’il est encore aujourd’hui difficile de vivre cela, notamment dans le sport vis à vis de certains sponsors. Je pense aussi au sport masculin où il est rare d’entendre un athlète, un footballeur, un rugbyman parler de cela pendant sa carrière.Pour le sponsor, le sportif doit être LE Mâle…

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Et puis il y a « Le Brio », le dernier film d’Yvan Attal. Camelia Jordana y joue Nelia, étudiante de première année à la fac de droit d’Assas (à la réputation de fa des fachos). Elle vient de Créteil et arrive à son premier amphi en retard. Le prof (Daniel Auteuil) l’accueille froidement avec des remarques à connotations racistes, faisant l’amalgame avec ses origines supposées et la Charia … Après les plaintes d’élèves, ce prof n’a d’autre choix pour se racheter que de présenter Nelia au concours annuel d’éloquence et de l’y préparer On se doute évidemment de la fin…

Le film d’Attal enfile les clichés comme des perles mais c’est pour mieux les démonter. Un peu comme les techniques de Schopenhauer ‘(« ce monsieur allemand très drôle »), il utilise ces idées très installées dans les têtes pour démontrer l’inverse. Les copains de Nelia zonent, sont chauffeurs Uber. Elle habite une ZUP plutôt calme, pourtant. Les élèves sont souvent des blancs de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie, avec des blagues à la hauteur de ce que disait leur professeur. Et pourtant le film fonctionne bien, tenant aussi à l’interprétation des deux rôles principaux. Malgré une fin attendue, on se passionne pour l’aventure de cette jeune femme qui a ses moments de doutes, qui essaie de se sortir de cette banlieue qu’on dit sans avenir. On rajoute une petite histoire d’amour pour emballer le tout et voilà de quoi passer un bon moment.

Venant moi même de banlieue, mais avec la bonne couleur de peau et le bon quartier, j’ai pu croiser des Nelia, entendre des discours défaitistes, des profs qui t’enterrent en disant qu’en venant de banlieue, c’est déjà foutu pour toi. Le film montre aussi l’importance du paraître dans notre société et qu’un beau costume ne suffit à faire oublier. L’un des sujets du concours est « l’habit fait-il le moine? ». Ce n’est pas un hasard car évidemment on s’arrête trop souvent au nom, à l’origine. Les « testings » récents, même pour des polices d’assurance ou de l’immobilier, ont confirmé tout cela. On attache des clichés à des origines, comme l’asiatique travailleur, l’arabe voleur, le portugais manuel et j’en passe. Malgré toutes les réussites médiatiques de quelques uns, ces idées restent encore ancrées dans la société. Et le film montre aussi l’importance des mots, de la langue française qu’il faut savoir manier pour convaincre, sans pour autant faire des manières, des phrases à rallonge, ou utiliser des mots précieux (n’est-ce pas Manu 😉 )

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A travers ces deux films, ces deux sujets parallèles sont remis en lumière. Ce sont des « batailles » qu’il faut continuer encore de mener, autant dans l’hexagone qu’ailleurs. L’égalité des salaires ne doit pas être seulement à l’embauche car on sait qu’ensuite, tout est bon pour justifier des écarts. Les écarts dans l’enseignement existent aussi et avec des sélections qui se mettent peu à peu en place, on risque d’aggraver la situation. Les grandes écoles essaient de redorer leurs blasons par des « quotas » d’élèves issus des banlieues mais c’est l’arbre qui cache la forêt, tant que rien n’est fait pour une véritable égalité des chances. On entre ici dans une dimension politique aussi, qui ne s’arrête pas à la seule école, aux ressources humaines mais aussi à l’aménagement du territoire, à la répartition des services publics… Et ça, lorsqu’on fréquente un peu trop souvent les hôpitaux ou les mairies, on le voit de manière criante aussi. Ce petit billet ne suffit évidemment pas, pas plus que les films, à parler de toutes les inégalités et discriminations, déjà sur la France. Mais pour positiver, on peut quand même se remémorer ce qu’il en était du temps de nos parents.