BD : Michel Vaillant – 10 L’Honneur du Samourai (1966)

J’ai passé quelques numéros dans cette longue série pour m’intéresser à cet opus N°10. Il a, en effet, des intérêts divers, en dehors d’une histoire plutôt classique.

Le pitch est plutôt simple : Michel Vaillant veut-être champion du monde de formule 1. Un japonais envoie une lettre à l’usine vaillante pour leur acheter une F1. Devant le refus du père vaillant, il s’engage en F1 pour battre notre héros, ou… arrêter de conduire s’il échoue (la mort pour un pilote).

Là, vous vous dites que ça va finir par la victoire de notre héros mais qu’ils finissent amis quand même comme Steve Warson dans le premier épisode. Raté…Mais à la limite, l’intérêt n’est pas là. Ce qui m’a toujours interessé dans cet épisode, c’est qu’on y voit l’arrivée du Japon dans l’industrie automobile mondiale. Dans la réalité, c’est Honda qui sera le premier constructeur nippon en F1….En 1964, ils s’engagent avec deux pilotes américains. Ils ont failli le faire comme motoriste avec l’écurie Lotus mais ça ne s’est pas fait. La BD relate cela en mettant notre pilote japonais au volant d’une Lotus-Honda, justement. Honda n’est encore qu’un constructeur de motos. Pour les voitures, ça n’a commencé qu’en 1963 et Soichiro Honda pensait utiliser la compétition pour montrer sa technologie. On connaît la suite avec un constructeur devenu 8ème constructeur automobile et 1er constructeur de motos. Il est intéressant de voir que Jean Graton a vite vu qu’il ne fallait pas sous-estimer ce constructeur. Mais il faut dire aussi qu’en 1965, le coup de tonnerre a eu lieu en fin de saison avec la 1ère victoire surprise de Honda au Mexique. Richie Ginther termine 7ème au championnat et Honda termine 6ème constructeur.

Cet album est donc le témoin de cette montée en puissance de l’industrie japonaise. On y montre aussi beaucoup les glorieuses usines vaillantes, immenses comme l’étaient celles de Renault ou Citroen. On y montre aussi Jim Clarck, le grand pilote écossais qui avait terrassé à lui seul l’écurie BRM de Graham Hill et Jackie Stewart. La Lotus 33 est superbe et étrangement, la Vaillante F1 s’inspire à la fois d’elle mais aussi de la Ferrari 156, un modèle de 1961!


Ferrari 156F1

A part ces clins d’oeil à l’histoire automobile, il y a encore des intérêts plus sociologiques. Les Vaillant représentent un peu les capitaines d’industrie de l’époque, les dynasties familiales avec le patriarcat chevillé au corps. Ils sont prévenants avec leurs meilleurs ouvriers, dévoués à leur métier mais on voyait petit à petit la place de la femme changer dans les albums, notamment avec le personnage d’Agnès, la femme du frère de Michel Vaillant, Jean-Pierre. Cette fois, c’est Madame Vaillant qui se rebelle contre son mari car elle veut conduire et surtout piloter. Le père vaillant est gougat, se moque mais se fait damer le pion. Mais on a aussi un Michel Vaillant pas très sympa avec Françoise Latour, son premier béguin. Il se montre macho, jaloux pour finalement se faire mater lui aussi. Enfin, c’est la première victoire d’une Vaillante avec un équipage féminin mais ça, on en parlera dans quelques années. On sent finalement que Jean Graton a quelque chose derrière la tête.

Coté style, on reste dans ce style franco-belge très réaliste et détaillé. On a encore beaucoup de dialogues explicatifs, du texte et l’histoire en elle-même met du temps à démarrer. Il y a un peu plus de mouvement que dans les premiers albums mais finalement on regrette que certaines courses d’anthologie ne soient pas plus développées. L’album se termine finalement sur une surprise mais ça, il faudra le (re)lire pour le comprendre.