BD : Last Hero Inuyashiki de Hiroya Oku (2014)

Je n’avais pas été attiré par le sujet du grand succès d’Hiroya Oku, Gantz, mais il a su me convaincre avec cette série de 10 volumes terminée récemment en France.

C’est bien le sujet atypique qui m’a capté :

Ichiro Inuyashiki n’a rien pour lui : à 58 ans, alors qu’il fait bien plus vieux, son corps le lâche, sa famille le méprise. Son seul soutien moral vient de sa chienne shiba Hanako. Alors qu’il vient d’apprendre qu’il va mourir sous peu d’un cancer, il sort une nuit pleurer de désespoir dans un parc. L’inattendu survient alors : il est frappé par une navette extraterrestre et meurt sur le coup, mais pour effacer les traces de leurs passages, ils reconstruisent son corps, faisant du petit vieillard un cyborg aux immenses pouvoirs. Quand il réalise peu à peu les capacités que son nouveau corps lui offre, il décide de faire le bien et de garder une part d’humanité. Ce n’est pas le cas de Hiro Shishigami, un lycéen lui aussi reconstruit en cyborg mais devenant un tueur sans pitié.

Dès les premières pages du premier volume, j’ai été pris par cette histoire et je comprends aussi son succès au Japon, pays dont la société vieillit et se scinde. Le vieil Ichiro est insignifiant dans cette société. Ses enfants ont honte de son apparence de vieil homme, il se fait marcher sur les pieds par tout le monde. Et tous les jours, il est témoin d’incivilités auxquelles il voudrait répondre. Mais il n’en a ni le courage, ni la force bien sûr. Il devient l’anti-héros, et en même temps ses réflexions nous ramènent aux interrogations d’un Peter Parker dans Spiderman : Avec ses pouvoirs, doit-il les utiliser pour lui même ou pour le bien des autres? Cette interrogation n’est pas celle de Hiro Shishigami qui représente la société individualiste, alors qu’il semble animé des meilleures intentions (protéger un ami victime de harcèlement). Dans cette histoire presque cyberpunk, l’auteur peint en filigrane la société japonaise….et un peu la nôtre.

Et puis il y a le style graphique. Hiroya Oku a recours à des photos numérisées, retraitées, puis intègre ses dessins avec des éléments de modélisation 3D pour amener de la profondeur. Cela donne un aspect photoréaliste, même s’il y a parfois quelques maladresses dans les perspectives, mais surtout un style très reconnaissable qui nous intègre mieux encore au Japon d’aujourd’hui. Je craignais que 10 volumes, ça soit trop, qu’on tombe dans la course poursuite entre les deux cyborgs. Mais l’auteur a la bonne idée de bâtir la psychologie des personnages dans des histoires parallèles, comme cette incursion chez les Yakuzas. Il utilise parfois des « ralentis », constituées de planches très similaires pour les bagarres. Le style est, comme souvent dans les seinen modernes, très cinématographique. Mais surtout, il a réussi à me surprendre dans son scénario par des interrogations profondes de ses deux « héros » opposés. A la limite, j’aurais raccourci de quelques planches de grosses bastons…. Mais certainement pas du tome consacrés aux Trolls d’internet 😉

Voilà donc une série pas trop longue, réussie dans sa forme et son fond et qui peut attirer à la fois les fans d’action et les fans de Mangas plus profonds. Que nous réserve maintenant Hiroya Oku?