Blog : Dépendance et isolement

J’ai fait un petit exercice l’autre jour, alors que j’étais dans le métro. J’ai regardé autour de moi, au lieu de rester rivé à mon écran de smartphone comme mes congénères. La moitié du wagon, au moins,  était à regarder un écran. 

Dans le métro de Pékin, c’est même pire. Pourtant, les parisiens adorent se renfermer, être désagréables et bousculer tout le monde (ok, les Pekinois, enfin les habitants pas les chiens, ne sont pas des exemples non plus). Mais il y a quelques années, ils avaient un journal, un livre, une pelote de laine, une console de jeu et un gros casque sur la tête… Aujourd’hui, il y a tout sur le même écran, cerveau compris. Je le sais, le mien est posé à coté de moi, pendant que j’écris cet article sur un autre écran.

Arrivé à la gare, je suis allé à la librairie presse. Oh, elle était bien déserte, je trouve par rapport à la cohue ordinaire. ça doit avoir quelque chose à voir avec cette habitude d’avoir tout sur l’écran. Forcément, on achète moins son quotidien, surtout dans une gare de Banlieue où l’on a des gratuits et un voyage durant parfois moins de 30 minutes. Je cherchais moi même un trimestriel (là t’es sûr que ça traite pas d’actualité!) et évidemment, il n’y était pas. Bilan, un peu plus tard, dans mon train, je me suis rabattu…..sur mon smartphone. Déjà parce que le paysage n’est pas très reluisant sur la ligne. Mais en plus, tu n’as pas l’air louche si tu observes tes compagnons d’infortune… ce que j’ai quand même fait :  Une dame avec un smartphone dont la coque avait des oreilles scintillantes jouait en écoutant de la musique. Un autre semblait corriger des notes manuscrites en tapotant sur sa tablette, le dernier pas avant le burn out. Un autre encore s’était barricadé avec son barda en écoutant de la musique avec ses écouteurs, comme si on allait lui piquer. Une jeune fille tapotait frénétiquement sur son smartphone avec un sourire niais toutes les 10 s. Sans écran, point de salut.

Distraction, outil de saisie, outil de communication, outil d’information… Avec tout ça, on se dit que forcément c’est mieux qu’avant. Le soir, j’ai utilisé mon deuxième cerveau pour me guider dans les embouteillages…Pas de miracle, c’était 1H30, le tarif. Et puis, il faut se méfier de cette dépendance. On se retrouve vite les yeux captés par cet écran plutôt que par la route. Parfois, on a le cycliste muni d’un casque audio, ou le piéton mélomane qui traverse sans se soucier du monde qui l’entoure. Je n’ai toujours pas rajouté d’autocollant « vieille dame » sur le flanc de mon véhicule, façon Papy Boyington (référence moisie assumée). Et le chemin indiqué obéit à un algorithme très stéréotypé qui fait qu’à un moment, tu es dans le même chemin tordu que l’ennemi d’à coté. Ton GPS hésite entre 2 solutions et bascule de l’une à l’autre dans un chaos infernal. A ce moment là, tu te souviens que ton cerveau est juste derrière tes yeux….ou pas. Mais comme maintenant t’es pas foutu de retenir ton propre numéro de téléphone, ton calepin d’avant c’est ton smartphone….qui transporte presque ta vie.

Et là,  le drame, l’incident fatal. Tu le perds. Celui qui le récupère a ta vie dans ses mains, les clés de chez toi, de tes secrets intimes. T’as rien chiffré,  pas mis de mot de passe, évidemment. On se tape des pubs et émissions à longueur de journée sur les cambriolages de l’été mais rien sur les escrocs qui facturent nos cerveaux de rechange. C’est sur que si nous avions mieux utilisé le premier,  nous n’en serions pas là. Je plaide coupable aussi car je suis bien imprudent aussi. Il y a des failles car  qui aime vivre barricadé derrière une serrure qu’on ouvre avec deux ou trois clés,  où il faut ranger tout tout le temps au bon endroit. J’aimerai tant vivre portes et fenêtres ouvertes. Tout nous pousse à l’inverse, jusqu’à l’actualité où 14 juillet est synonyme de terrorisme et d’armée plutôt que de révolution et liberté.

Alors on ferme tout en plus de s’isoler et on communique avec ses proches par des onomatopées et des codes. On s’envoie des visages dessinés oubliant de regarder celui des autres. Et notre cerveau se démode, se déprécie en plus. Certains croient rester jeune en changeant tous les 6 mois, que pas cher c’est pas bien…ou très cher c’est mieux. La pression sociale pousse à utiliser la même chose que le voisin, pour se rapprocher. Tu te sens vite exclu si tu ne joue pas dans ton coin au même jeu que les collègues, si tu n’es pas dans le même réseau. Oh, ça valait déjà avant, à l’école. On a déplacé le problème.  On court à l’isolement et on partage sa vie. Curieux phénomène qui mène à une sorte de schizophrénie,  une mégalomanie où l’on redoute le « hater » inconnu plus que la remarque perfide d’un ami, où on collectionne de l’amitié comme des personnages d’un jeu vidéo.

Je n’aurai pas du prendre ce train, regarder le monde qui m’entoure. Rester entre soi et son jumeau cybernétique,  voilà la solution bien sûr ! J’ai programmé deux mois d’articles culturels et geeks, là,  histoire d’être tranquille pendant cette période de moindre fréquentation des blogs. Encore que je dois avoir de quoi terminer l’année pour un blogueur moyen… Comme je l’avais dit en début d’année, se recentrer sur soi apporte du temps pour lire, écrire,découvrir, et pourtant il reste encore des manques, des manqués,  des mantras….

Et hop, pirouette pour le titre de cette semaine après un billet venu comme ça, sans prévenir.

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(dessins et photos…de moi)

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