BD: Michel Vaillant – 3 Le Circuit de la peur de Jean Graton (1961)

Encore un album « classique » de Michel Vaillant et j’avais promis de ne pas les faire tous. Pourtant, difficile d’oublier celui-ci qui a un intérêt à la fois pour son intrigue et pour d’autres éléments.

Car c’est la guerre froide qui s’invite encore plus dans cette bande dessinée. Dans le « Pilote sans visage », nous avions rencontré des pilotes russes. Cette fois, c’est bien une confrontation entre les deux blocs qui va avoir lieu dans la course automobile. Mais le père de Michel Vaillant, comme une sorte de De Gaulle de l’automobile, veut que l’Europe s’approprie le leadership et garde son indépendance. Il convoque donc les autres constructeurs européens pour trois épreuves sur les trois zones afin de départager les trois blocs. Nous avons donc l’inévitable Steve Warson et ses amis américains face à Michel Vaillant et ses collègues et Nicolas Narkine et des pilotes du bloc de l’est.

A cette époque, nous n’avons pas encore eu droit à la crise des missiles de Cuba mais c’est l’escalade. L’industrie russe n’est pas encore larguée en terme d’automobile. Les Tatra Tchèques font valoir leur qualité et leurs particularités (aérodynamisme et moteur arrière), ainsi que les Skoda. L’Allemagne a gagné un jeune constructeur dans le rayon du sport avec Porsche. L’Angleterre rayonne avec Jaguar et Aston Martin. L’album nous offre donc un panorama de cette époque avec des Vaillantes très inspirées des italiennes, cette fois (Ferrari 250 TR ou Maserati Tipo 61, par exemple).

Comme le dit l’auteur à travers Henri Vaillant, la mode n’est plus à l’américaine. La voiture européenne reprend son indépendance stylistique et est même une inspiratrice. Jean Graton nous offre une visite des showrooms de l’époque mais aussi de l’usine Vaillante. C’est une vision très idyllique de la chaîne de montage qu’il nous offre. C’est propre, coloré, sans bruit, sans pression et l’ouvrier est heureux. On a une vision très paternaliste de l’entreprise, ce qui prévalait à l’époque. Mais il faut aussi parler de la place de la femme, dans un univers plus que très masculin. On verra plus tard que Graton utilisera le personnage d’Agnes, la belle-soeur du héros. Mais pour l’instant, elle représente l’émancipation de la femme au foyer. Elle s’oppose en cela à la mère de Michel Vaillant, mère au foyer qu’on voit quand même très envieuse de sa jeune consoeur.

Pour ces deux éléments, l’album est intéressant. Mais il y a aussi une intrigue bien ficelée, qui nous emmène sur des fausses pistes, nous donne des rebondissements et nous fait découvrir encore de nouveaux circuits (Sebring, notamment). Les stars automobiles de l’époque sont bien là pour les amateurs. La couverture est alléchante car le sport automobile est régulièrement endeuillé par des accidents. Alors on se demande si Michel Vaillant en sera victime?  A noter que la voiture star de cet album a été réalisée en modèle réduit 1/43ème.

Les esprits chagrins reprocheront toujours que le héros est capable de tout faire. Il est évidemment journaliste, publicitaire, pilote, pratiquant d’arts martiaux, ….. C’est pour ça que c’est un héros, non?