BD : Giacomo Foscari – 1 Mercure de Mari Yamazaki (2013)

Quel drôle de titre pour une mangaka japonaise. La jolie couverture bleue m’avait attiré avec un dessin qui me rappelait Taniguchi. En plus on y fait un parallèle entre le Japon et l’Italie, on parle de fascisme :  Tout un programme…

Mais en lisant ce manga d’auteur, je me suis aussi intéressé à l’auteure… Elle a un parcours atypique, c’est sûr. Parti seule découvrir l’Europe, elle apprendra l’art en Italie, s’y mariera, vivra aussi au Portugal avant de rejoindre les USA… Mais avant de partir en digression sur elle, parlons de cette série en cours. D’habitude j’aime terminer une série pour en parler mais là, il y a suffisamment de matière dans ce gros volume.

Giacomo Foscari est né à Venise entre les deux guerres. Il est issue d’une famille riche que la guerre va ruiner. Son père admire la période romaine antique et Mercure. Giacomo a du mal à trouver sa place dans cette encombrante famille dont l’un des oncles adhère au Mussolinisme. Bien plus tard, nous retrouvons Gaicomo Foscari comme professeur d’université au Japon. Il loge chez la veuve d’un de ses collègues et amis, et passe son temps dans un restaurant à écouter la Callas, tentant de convaincre un ami artiste du talent de la diva. Il y croise un jeune serveur et sa « fiancée », les deux le fascinant et le faisant lui remémorer son enfance et un de ses « amis », le jeune Andrea.

Mon instinct m’avait fait penser à Taniguchi et je n’ai pas tort. Il y a des points communs entre le vieux Giacomo et les héros du maître japonais. On y ressent à la fois de la nostalgie et la contemplation du tumulte du monde, cette recherche de moments d’évasion (ici avec l’opéra). Pourtant le style est différent avec une approche moins ligne claire ou manga mais parfois très académique dans le dessin. Les planches sont très belles avec des intermèdes laissés crayonnés. L’histoire s’installe peu à peu et le scénario dévoile les différents tiroirs du scénario. Si bien que je ne sais si le second tome éclaircira les choses. On est dans le Seinen mais je vous laisse découvrir le côté Yaoi du récit, qui reste en filigrane. Car il y a beaucoup de sentiments suggérées, de poésie. On ressent des troubles à la lecture, notamment lorsque l’auteure dévoile des sujets plus graves. J’avais envie de mettre un opéra de Verdi en fond sonore pour me plonger un peu plus dans l’histoire et je le ferai peut-être en seconde lecture lorsque j’aurais le tome 2. Sachant qu’il n’est pas sorti au Japon, il faudra attendre le bon vouloir d’une auteure qui m’a l’air passionnante. Son ouverture à d’autres culture donne un ton et un style bien à elle.

Un ouvrage que je n’ai donc pas regretté de lire et qui promet beaucoup. Cela m’a donné envie aussi de connaitre un peu mieux cette mangaka (qui verse dans le peplum…), qui pourrait bien remplacer le regretté Jiro Taniguchi dans mon coeur à l’avenir.